Page histoire du Courrier de l'Ouest, 29 avril 2018
Sommaire de la page :
Curnonsky, prince des gastronomes
Mise en ligne des photographies du fonds de l'entreprise Lemaire
La photographie : le manoir de l'Arceau
29 avril 1417 : mort de Louis II d'Anjou
Le livre à signaler : “Les Parcs et jardins de l'Anjou”
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CHRONIQUE
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers
CURNONSKY, PRINCE DES GASTRONOMES
Depuis 1956, la place Saint-Martin est dédiée au grand ironiste et gastronome Maurice-Edmond Sailland, dit Curnonsky, né à Angers le 12 octobre 1872 et décédé à Paris le 22 juillet 1956.
L’imprudence d’un médecin tue sa mère moins d’un mois après sa naissance… Le père en reste marqué. Il finit par délaisser sa distillerie et son associé Drillon pour disparaître avec sa maîtresse, vers 1883. Le jeune Sailland est élevé par sa « bonne grand-mère », Alphonsine Mazeran, née Bouchard, dont le mari languedocien, forte personnalité, disparaît lui aussi de temps à autre, mais pour faire bombance d’huîtres à Arcachon, d’escargots à Dijon, de cassoulet à Castelnaudary… : le premier des « gastronomades » en somme. Notre futur Curnonsky a de qui de tenir !
« Prête-moi ta plume… »
De sa grand-mère, fine lettrée qui lui lit la Comédie humaine de Balzac et de ses professeurs à l’externat Saint-Maurille, Maurice Sailland tient ce goût pour la littérature qui va devenir son seul moyen d’existence. Il entame des études de lettres à Paris, mais préfère bientôt entrer dans le journalisme humoristique et aux « ateliers Willy », l’époux de Colette, en 1895. C’est Alphonse Allais qui lui aurait conseillé de prendre un pseudonyme, « un nom en sky » puisque la mode était à la Russie. Il serait sans doute plus exact de dire que ce surnom, du moins la partie latine Cur non (« pourquoi pas »), lui vient de ses années à Saint-Maurille.
De son amitié avec Paul-Jean Toulet naissent plusieurs romans, signés du pseudonyme Perdiccas : Le Bréviaire des courtisanes, Le Métier d’amant… En 1899, il signe seul Demi-veuve, un succès. Curnonsky est ainsi l’auteur, le co-auteur ou le nègre de plus de soixante-cinq ouvrages. Dans le domaine de la « réclame », il forge nombre de slogans qui font la fortune de grandes marques commerciales. C’est lui qui baptise du nom de « Bibendum » le bonhomme en pneus de Michelin, puisqu’il boit l’obstacle.
Gastronomie et tourisme
Doyen des chroniqueurs gastronomiques, il s’occupe à partir de 1919 de remettre en honneur les cuisines régionales et de promouvoir « la sainte alliance du tourisme et de la gastronomie ». Avec son ami Marcel Rouff, il sillonne les provinces de France pour publier La France gastronomique, vingt-huit guides des « merveilles culinaires et des bonnes auberges ». Ses publications gastronomiques s’échelonnent, nombreuses, jusqu’à son recueil de recettes de 856 pages, en 1953, Cuisine et Vins de France.
En 1928, Curnonsky fonde avec quelques amis l’Académie des gastronomes, dotée des mêmes statuts que l’Académie française. Sa popularité lui vaut, grâce à l’appui des Angevins de Paris menés par Henry Coutant, d’être élu en 1927 « Prince des gastronomes ». En 1947, il crée la revue Cuisine et Vins de France, qui paraît toujours. Pour son quatre-vingtième anniversaire, quatre-vingts restaurateurs marquent sa place dans leur établissement et l’invitent à vie. Il décède à la suite d’un malaise, basculant par la fenêtre très basse de son appartement. Même s’il a préféré la vie parisienne à la vie provinciale, trop étriquée à son goût, il a toujours gardé pour son Anjou natal une prédilection particulière.
ACTUALITÉ DES ARCHIVES
Le site internet des Archives municipales d’Angers, déjà riche de près d’un million de pages de documents et clichés, va s’enrichir avec la mise en ligne prochaine, par Bruno Amiot, responsable de la Photothèque, des 4 812 photographies du fonds de l’entreprise Lemaire.
Raoul Lemaire (1884-1972), biologiste-généticien né dans la Somme, déjà réputé pour ses obtentions de blés à haute valeur boulangère, a fondé l’agriculture biologique dès 1959 avec ses fils Jean-François et Pierre-Bernard, grâce au lithothamne, algue marine pêchée dans l’archipel de Glénan, connue aussi sous le nom de maërl. Établi à Niort en 1941, puis en 1946 à Angers, il transforme en 1962 son Service de Vente des Blés Lemaire (SVB Lemaire) en société pour accélérer le développement de la culture biologique. De là sont issues plusieurs filiales offrant aux consommateurs une large gamme de produits et une garantie de traçabilité « du sol à la table ». Engagé et visionnaire, Raoul Lemaire a le premier dénoncé la pollution des sols, ravagés par l’agriculture chimique.
Les photographies réunies concernent aussi bien la famille Lemaire que le personnel de l’entreprise et documentent précisément toute l’activité du groupe, sa ferme expérimentale de la Glacière, ses productions…
LA PHOTOGRAPHIE
LE MANOIR DE L'ARCEAU
Le manoir a donné son nom au quartier qui s’étend au-delà du cimetière de l’Est vers Saint-Barthélemy. Il a été restauré par l’architecte Ernest Dainville vers 1867 pour Gabriel Rogeron, ornithologue érudit. Sa remarquable collection d’oiseaux de l’Anjou, mise en vente à la mort de sa veuve, a rejoint le Muséum d’Angers en 1924 grâce au député de Maine-et-Loire Ferdinand Bougère. Quelques espèces ont été signalées pour la première fois en Anjou par Gabriel Rogeron.
ÇA S’EST PASSÉ LE…
29 avril 1417 : mort de Louis II d'Anjou
Louis II d’Anjou, né à Toulouse le 5 octobre 1377, roi titulaire de Naples, comte de Provence, meurt au château d’Angers, au moment où il recevait le roi de France Charles VI. Par testament, Louis II avait confié à son épouse Yolande d’Aragon la régence de l’Anjou et la tutelle de leurs enfants. Il l’avait épousée en 1400 en la cathédrale d’Arles, au milieu de grandes fêtes où fut tendue la tapisserie de l’Apocalypse réalisée pour son père Louis Ier. Yolande a su se révéler maîtresse femme. Grâce à elle, deux de leurs enfants ont eu une destinée brillante : Marie, fiancée en 1413, puis épouse en mars 1422 du futur Charles VII et René Ier, son deuxième fils, qui devient duc d’Anjou, de Bar et de Lorraine, comte de Provence, roi titulaire de Naples, de Sicile et de Jérusalem.
