L'île Saint-Aubin

Sommaire de la page : 

L'île Saint-Aubin
Un bouchon Cointreau
La photographie : la rue de la Poissonnerie
13 mai 1808 : des dépotoirs pour les ordures

Avec l'aimable autorisation de notre partenaire Le Courrier de l'Ouest, Ouvre une nouvelle fenêtre

 

CHRONIQUE 
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers

L’ÎLE SAINT-AUBIN

L’île Saint-Aubin est née de la confluence entre Mayenne et Sarthe, dont la réunion forme la Maine, et d’un bras de la Mayenne appelé « la Vieille Maine », qui relie ces deux rivières au nord. 

Au coeur des cinq mille hectares de prairies humides des basses vallées angevines, l’île constitue l’une des principales zones d’Europe occidentale pour le repos des oiseaux migrateurs et la reproduction piscicole, grâce à un écosystème exceptionnel fondé sur le fauchage et la pâture sur regain (deuxième herbe), fruit d’un long travail de l’homme.

Donnée à l’abbaye Saint-Aubin

Lorsque le comte d’Anjou Geoffroy Grisegonelle l’attribue en douaire à son épouse Adèle de Vermandois, l’île du Mont - tel est alors son nom - n’est que bois et marais. En mars 978, la comtesse Adèle la donne à l’abbaye Saint-Aubin qui va en faire l’une de ses plus riches dépendances. Les moines défrichent, font creuser des canaux, construire une digue le long de la Sarthe... Les marais deviennent de fort belles prairies… affermées à bon prix, de même que les pêcheries, la chasse et le port : plus d’un quart des revenus de l’abbaye ! On vient de loin pour profiter des plus gras pâturages de l’Anjou. 

Un modeste prieuré dédié à Saint-Hilaire avait été créé sur le « mont », vers le XIe siècle. À la fin du XVIe siècle, un moine chapelain vient simplement dire la messe deux fois par semaine dans le modeste oratoire bâti au XIIe siècle. La maison d’habitation, au fond d’une cour carrée, est reconstruite au XVIe siècle. Les deux autres côtés de la cour, à usage de ferme, sont rebâtis vers la fin du XVIIe siècle. Avec la grange et la maison-guinguette du passeur rebâtie en 1753, ce sont là toutes les constructions de l’île. 

Toujours en arpents au XXIe siècle

Les domaines de Saint-Aubin « la riche » sont vendus à la Révolution. Afin d’avoir des revenus sans créer d’impôts, la municipalité d’Angers se fait adjuger les six cents hectares de l’île le 4 janvier 1791 pour l’énorme somme de 720 100 livres. Hélas ! Elle ne peut la payer. Rebaptisée « Haute Verte », divisée en parcelles d’un arpent pour avantager un grand nombre de citoyens, l’île est revendue à plusieurs dizaines de propriétaires de novembre 1794 à janvier 1795. Un arpent - 6 600 m2 - pouvait entretenir un cheval pendant un an. Depuis, malgré le système métrique, on compte toujours en arpents sur l’île, cas peut-être unique en France… Ces propriétaires sont obligés de s’organiser : le 16 février 1825, Charles X signe un édit - toujours en vigueur - créant un syndicat chargé de l’exécution des travaux de défense de l’île contre les crues. 

À l’été 1899, les bâtiments de l’ancien prieuré - maison d’habitation et chapelle - sont remplacés par une maison nouvelle. Quelques traces de la chapelle sont visibles du côté du jardin. L’activité de fauchage reste rentable jusque dans les années 1970. En 1989 en revanche, le prix de l’hectare atteint à peine 4 000 francs : sur ce dernier territoire agricole d’Angers, le taux d’imposition est près de trois fois supérieur à celui des communes rurales et l’herbe ne se vend plus, sauf en période de sécheresse. 

Pour éviter que cet exceptionnel patrimoine vert ne devienne friche ou gigantesque peupleraie, la Ville décide en novembre 1976 d’y créer une Zone d’aménagement différé (ZAD). Elle peut ainsi préempter les terrains mis en vente et devient propriétaire d’une quarantaine d’hectares avec notamment l’acquisition de la ferme en 1994. De leur côté, la Fédération de chasse et l’Ablette angevine acquièrent quelque deux cents hectares. À partir de l’an 2000, la municipalité met en place un projet de valorisation de l’île pour en faire une zone de loisirs d’usage modéré. La ferme ouvre au public en 2008. 

ACTUALITÉ DES ARCHIVES

Un bouchon Cointreau particulier…:

L’objet mystère présenté le 6 mai était un jeu de dés contenu dans un bouchon en liège… La firme Cointreau a édité, dans les années d’entre-deux-guerres notamment, une quantité incroyable d’objets publicitaires, tous plus inventifs les uns que les autres, parmi lesquels beaucoup de jeux. Les dés pouvaient être renfermés dans les contenants les plus variés : bouteille de Cointreau miniature, en bois ; petites boîtes... Quant aux jeux, ce pouvaient être des jeux avec des lettres, des chiffres, des dessins (puzzles), une toupie, des jetons, un jeu de nain jaune, de backgammon… Consultez le site des Archives municipales, http://archives.angers.fr, Ouvre une nouvelle fenêtre : vous en verrez plusieurs dizaines.

LA PHOTOGRAPHIE

La rue de la Poissonnerie

L’incendie du Palais des Marchands le 21 novembre 1936, creuse un premier « trou » dans la quartier de la République. La décision prise en 1961 de créer la liaison Ouest d’Angers, déviant la RN 23 par les quais – future voie des berges – en condamne les immeubles. Un remodelage complet du quartier de la République devient nécessaire. La démolition des halles en janvier 1971 sonne l’hallali. Tous les immeubles situés entre le bas de la rue Baudrière, les quais et la rue Plantagenêt sont détruits. Sur cette photographie subsiste encore un îlot de maisons au carrefour Poissonnerie-Baudrière. Les immeubles à gauche de la rue ont été conservés. Ils sont maintenant précédés par les nouveaux bâtiments élevés pour le lycée du Sacré-Cœur.

ÇA S’EST PASSÉ LE…

13 mai 1808 : des dépotoirs pour les ordures ménagères

Le conseil municipal délibère sur un sujet important. Il s’agit, à la suite des invitations réitérées du préfet, d’établir de nouveaux dépotoirs pour les ordures ménagères, jusque-là déposées en pleine ville…

Le conseil, déterminé à écarter du voisinage des habitations ce foyer d’infection et de maladie, « considérant que la salubrité publique doit l’emporter sur tout autre intérêt, charge le maire de traiter avec l’entrepreneur des boues de la ville pour que dorénavant il fasse conduire à une certaine distance sur le pâtis Saint-Nicolas [près de l’actuel cimetière de l’Ouest] ou vers les carrières [de l’étang Saint-Nicolas] les immondices qui sont habituellement sous les murs de la ville [les remparts existaient encore], au pré de la Savatte et sur le chemin de la Liberté » [sous la butte de l’Esvière] (Archives municipales, 1 D9, p. 311-312). Pour la rive gauche, ce sont les anciennes carrières d’ardoise de Saint-Samson [quartier Saint-Serge] qui sont choisies. SB.