La foire Saint-Martin

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La foire Saint-Martin
Un projet de halles au blé circulaire, place des Halles (place Louis-Imbach)
Le document : le siège des pépinières André-Leroy
15 juillet 1993 : gros succès du festival d'Anjou
Le livre à signaler : “Anjou Cube”, 400 questions sur l'Anjou

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CHRONIQUE 
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers

À LA SAINT-MARTIN : DE CÉLÈBRES FOIRES

Trois importantes foires se tiennent à Angers au XIIe siècle : l’Angevine (8 septembre), la Saint-Nicolas (6 décembre) et le Lendit (10 février). La plus ancienne est l’Angevine, mentionnée dès 1060-1080. Les longues guerres du XVIe siècle en font perdre jusqu’au souvenir. Les foires ne sont rétablies que par les lettres patentes royales de décembre 1646. Elles ne sont plus qu’au nombre de deux et les dates sont modifiées : au lendemain de la Fête-Dieu et à la Saint-Martin d’hiver. C’est là l’origine de la célèbre foire de la Saint-Martin.

Du commercial au divertissement

La première foire de la Saint-Martin est organisée par deux délibérations du conseil municipal. Le 27 septembre 1647, la foire est annoncée et « publiée ». Les halles et la place environnante sont consacrées aux commerces de la maison. Le marché aux bestiaux s’étale du faubourg Saint-Michel au faubourg Bressigny. Le 5 novembre, un règlement précis est édicté. Les marchands angevins sont tenus d’exposer aux halles, sans quoi ils seront privés de leur étal. Pour assurer le succès de la foire, la municipalité favorise la venue des marchands « forains » (étrangers à la ville), au grand dam des commerçants locaux.

Les foires comportent deux grands secteurs : le commerce et le divertissement. D’un côté, la foire aux bestiaux, aux denrées alimentaires et aux produits de consommation ; de l’autre, les baraques des attractions foraines. Pendant les huit jours qu’elles durent, elles attirent un très grand nombre d’étrangers. Leur évolution dans le temps est inégale : la foire de la Fête-Dieu, dite du Sacre (Saint-Sacrement), a fini par être absorbée par la foire-exposition et les attractions foraines ont complètement disparu. En revanche, la foire de la Saint-Martin s’est maintenue dans sa partie « divertissement », abandonnant peu à peu le volet commercial dans les années soixante.

Manèges

Sous le Second Empire, les Angevins profitent du Théâtre historique, du célèbre prestidigitateur Conus, de multiples spectacles de plein air. La part est belle pour les cirques ! Ce ne sont qu’acrobates, ménageries… sans compter les tirs, jeux, loteries, chemins de fer et manèges de chevaux de bois, dont on commence à parler dans les années 1870. Gustave Bayol se fait le grand artisan de leur développement à partir de ses ateliers angevins, créés en 1887. En 1901, pas moins de cinq manèges s’installent à Angers pour la foire de la Saint-Martin.

Les foires suivent l’essor des nouvelles techniques : photographie, cinématographe. Elles deviennent si importantes que la question de leur emplacement au Champ de Mars se pose. En 1907, on envisage d’annexer les boulevards jusqu’à la place Saint-Serge (actuelle place François-Mitterrand). En 1964, on l’installe place La Rochefoucauld, où elle se trouve encore. La place du Général-Leclerc devenait trop étroite et son occupation pendant près d’un mois, en un point de circulation automobile intense, constituait une entrave. Les forains apprennent cette décision avec une certaine amertume : « Le public se déplacera-t-il place La Rochefoucauld ? ». Les premières années sont difficiles, la fréquentation est moindre. En 1965 même, les forains demandent à revenir place du Général-Leclerc, « la foire Saint-Martin ayant été un véritable désastre » (Le Courrier de l’Ouest, 27 décembre 1965). Mais, peu à peu, les habitudes se prennent, le public revient et le succès ne se dément plus. C’est aujourd’hui la deuxième plus grande foire de l’Ouest.

ACTUALITÉ DES ARCHIVES

Dans les nouveaux plans numérisés des Archives municipales, on remarque un curieux projet : une halle au blé, de forme circulaire, avec galerie de boutiques sur le pourtour Elle se trouve sur un plan d’urbanisme de la partie nord-est de la ville, qui paraît de peu postérieur à 1856, date de mise en service des nouvelles prisons figurées sur ce plan. Ce nouveau bâtiment devait remplacer les halles des XIVe et XVIIIe siècles sur la place du même nom, actuelle place Louis-Imbach. Ce projet ne vit jamais le jour.

LE DOCUMENT

Cette facture de 1894 présente le grand intérêt de montrer le nouveau siège social des Pépinières André-Leroy, dirigées par Brault père et fils. Les terrains de la société atteignaient une superficie de près de 200 hectares, mais la création de l’Université catholique en 1875 et l’urbanisation de la ville poussant toujours plus vers le sud avaient obligé l’entreprise à migrer elle-même de la rue de Brissac et du château du Pin vers la rue de Létanduère, aux Béjonnières, aux Chaffauds, à Beauval et à Salpinte. En 1930, Lucien Levavasseur, propriétaire des Pépinières Louis-Anatole Leroy, réunit les exploitations des deux branches Leroy, en rachetant les Pépinières André-Leroy. Le bâtiment de la rue de Létanduère reste quelques années aux mains des célèbres céramistes Paul Hippolyte et Alexandre Boulanger, propriétaires de la Société civile des Pépinières André-Leroy. Il abrite ensuite l’entreprise Petiteau-Moreau-Guinel, puis la Société de Constructions Métallurgiques, avant d’être démoli pour céder la place en 1973 à l’hypermarché Super M de la Roseraie, aujourd’hui Géant.