Grands raouts au jardin du Mail

Sommaire de la page : 

Grands raouts au jardin du Mail
La fabrication des cartes à jouer à Angers
La photographie : le pont de la Basse-Chaîne
25 juillet 1951 : les obsèques du maréchal Pétain
Le livre à signaler : “Joachim le petit Angevin”, livre jeunesse

Avec l'aimable autorisation de notre partenaire Le Courrier de l'Ouest, Ouvre une nouvelle fenêtre

 

CHRONIQUE 
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers

GRANDS RAOUTS AU JARDIN DU MAIL

Le jardin du Mail doit tout aux grandes expositions industrielles, agricoles et artistiques du XIXe siècle. Il est redevable de sa création à celle de 1858, tenue pour la première fois en dehors de la préfecture, sur l'ensemble Champ de Mars (actuelle place du Général-Leclerc) et avant-mail. Toutes les expositions suivantes s'y déroulent : en 1864, 1877, 1895 et 1906. « Peu de villes, écrit le Patriote de l'Ouest du 1er avril 1877, offrent un ensemble aussi complet, permettant de grouper et d'une façon aussi heureuse, les diverses expositions tout en conservant, au centre, une place suffisante pour les fêtes et les réunions qui accompagnent toujours ces sortes de solennités ». À partir de 1924, les foires-expositions prennent le relais des grandes manifestations précédentes. Le jardin lui-même sert de cadre à d'autres expositions, exclusivement agricoles ou horticoles : expositions de pommes à l'occasion du XVIIe Congrès pomologique de France en 1874, de chrysanthèmes en 1889 pour le centenaire de l'introduction de cette fleur en Europe. 

Les soirées du Mail

Dès que le jardin est définitivement mis en place, les fêtes s'y succèdent sur un rythme rapide. On innove en donnant des illuminations. Désormais, c'est un élément obligé de la fête. Il y a illumination tous les 14 juillet et si, à partir de 1859, les feux d'artifice des fêtes nationales sont la plupart du temps tirés sur les rives de la Maine, le jardin continue à briller de mille feux lors des grands raouts de la belle saison. En 1859, Auguste Rouff, directeur du théâtre, s'est engagé à organiser un cycle de fêtes du 15 mai au 30 septembre et à verser dans les caisses municipales 4 500 francs chaque année ainsi que la moitié de ses bénéfices nets afin de solder les dépenses faites pour la création du jardin. 

D'autres particuliers, des sociétés obtiennent l'autorisation d'y donner des fêtes. En 1868, l'artificier Kervella organise six soirées pendant la foire de la Fête-Dieu et la semaine des courses. Il renouvelle l'opération en 1877. Les demandes sont fréquentes car tous les divertissements (sauf ceux du dimanche) sont payants (de cinquante centimes à un franc l'entrée) et connaissent un vif succès. Les entrepreneurs de fêtes publiques rentrent donc largement dans leurs débours. Tout cela ne peut se comprendre qu'avec un jardin entièrement clos de grilles, comme il l'a été jusqu'en 1967. Pour les fêtes, l'entrée ne se faisait plus que par des tourniquets-compteurs. Des chaises étaient louées dix centimes. Toute une « industrie » gravitait alors autour du jardin. 

Le programme des fêtes est toujours à peu près semblable : musique d'abord - le jardin est la vitrine des sociétés musicales de la ville - illuminations, quelquefois bal, feu d'artifice. Après 1900, les fêtes sont peut-être moins « lumineuses », mais plus variées : fêtes des fleurs en 1913 et 1923, ballets parisiens de Loïe Fuller en juin 1925, spectacles de variétés, festival de danse, élections de la reine d'Angers et des fleurs, cérémonies de jumelages…

Jeux sportifs

On ne saurait oublier que le jardin du Mail fut aussi une terre d'élection des fêtes sportives : escrime sous le kiosque le 24 juin 1945, concours de jouets sportifs (bicyclettes à stabilisateurs, tricycles, cyclorameurs, patinettes à pédales…) en 1938 ou en 1960, mais surtout cyclisme. Chaque année depuis sa création en 1875, le Véloce-Club angevin donne ses courses vélocipédiques au Mail. « Tout le monde y est habitué, écrit son président Maurice de Farcy en 1905, et le cadre merveilleux que présente ce jardin au milieu des fleurs et de la verdure contribue pour une grosse part au succès de cette fête qui attire à Angers beaucoup de monde […]. Il est de nombreux spectateurs amis du sport qui viennent y assister, mais il en est également un grand nombre qui viennent quelques jours avant le concours hippique y chercher avec la fraîcheur des arbres l'occasion d'étudier leurs toilettes ». 

ACTUALITÉ DES ARCHIVES

LES CARTES À JOUER : UNE SPÉCIALITÉ À ANGERS.

Ce pourrait être une rubrique « document mystère » ! Un correspondant a envoyé aux Archives municipales pour identification le cliché ci-joint d’un vénérable document qui semble avoir souffert des ans. Il s’agit d’une enveloppe de jeu de cartes, au nom de son fabricant : « Cartes comunes de René Flamans rue Baudrière Angers ». Il avait une enseigne parlante toute trouvée : un flamant rose. Sur les bords extérieurs figurent ses initiales « R.F. » Sous l’Ancien Régime – et cette fabrication s’est perpétuée avec les célèbres cartes à jouer Dieudonné aux XIXe et XXe siècles - l’une des spécialités d’Angers était la fabrication des cartes à jouer. Huit à dix maîtres cartiers se partageaient cette industrie au XVIIIe siècle. René Flamant était l’un deux, vers 1769-1770. Les Archives patrimoniales conservent de leur côté un autre spécimen d’enveloppe de jeu de cartes, au nom de Simon Helbout, datant des environs de 1700.

LA PHOTOGRAPHIE

LE PONT DE LA BASSE-CHAINE

Cette vue singulière aux deux ponts formant un V démontre que le nouveau pont de la Basse-Chaîne n’a pas été construit dans le même axe que l’ancien, qu’il fallait conserver pour ne pas entraver outre mesure la circulation. Ce nouveau pont de la Basse-Chaîne, construit de 1957 à 1962 sur les plans de l’architecte Madelain, représente la 3e génération des ponts sur la Maine à cet endroit. Le premier, inauguré en 1838, était un pont suspendu, en « fil de fer ». Après la catastrophe qui fit 225 victimes lors de sa rupture le 16 avril 1850, un solide pont de pierre est bâti, celui que l’on voit encore sur ce cliché, pour peu de temps, à la droite du nouveau pont.