Premières scènes théâtrales angevines

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Premières scènes théâtrales angevines
L'affiche de la 67e fête fédérale de gymnastique (1957)
La photographie : la rue Nicolas-Bataille
1er juillet 1976 : Angers reçoit le président de la République

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CHRONIQUE 
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers

PREMIÈRES SCÈNES THÉÂTRALES ANGEVINES

Présents déjà à l'époque gallo-romaine, au théâtre-amphithéâtre situé aux environs de l'actuelle rue des Arènes, les jeux théâtraux, profanes et religieux, se développent au Moyen Age, tant à l'université qu'à la cour des premiers ducs d'Anjou. Les étudiants donnent des jeux à chaque Pentecôte. Les mystères sont aussi particulièrement appréciés. Plusieurs grandes représentations sont données à la cour de René d'Anjou, près des halles. En juin 1455, le Mystère du Roy Advenir, long de 16 000 vers dus au valet de chambre du roi, Jean du Périer, est représenté pendant trois jours avec le concours de plus de cent acteurs. 

Après le rattachement de l'Anjou au domaine royal, les divertissements théâtraux se poursuivent, toujours place des Halles qui - étant alors le coeur de la cité - reste pour trois siècles et demi le lieu d'élection du théâtre angevin.

Le premier théâtre

C’est seulement en 1762-1763 qu’un premier théâtre véritable est établi au bas de la place des Halles, à l'emplacement d'un ancien jeu de paume, par les deux marchands Thoribet et Charrier. C'était un excellent exemple des salles de théâtre du premier âge, directement issues des jeux de paume, longues et étroites. Il n'y a qu'une seule entrée, au fond d'une impasse, bientôt dite de la Comédie, et point de façade. 

De 1768 à 1790, les saisons sont brillantes, avec la grande comédienne Marguerite Brunet, dite la Montansier, déjà directrice d'un théâtre à Versailles. En 1775, elle obtient d'ailleurs le privilège exclusif de donner dans cette ville spectacles et bals. Tous les auteurs à la mode sont joués à Angers : Beaumarchais, Diderot, Voltaire, Regnard, Grétry… Ce théâtre a si peu de commodité qu'on songe à le remplacer en 1786, à l'image du nouveau théâtre de Nantes, mais l'association de particuliers créée pour la construction d'un théâtre de 120 000 livres ne parvient pas à concrétiser ses projets. 

Place du Ralliement

Un comédien, Deschamps, ouvre en 1795 une salle supplémentaire sur la nouvelle place du Ralliement, dans les anciens bâtiments de l'université, du XVe siècle. La réussite n'est pas bien grande et la salle est encore un rectangle bien trop étroit. Son promoteur quitte subrepticement Angers en 1799, ne parvenant pas à rembourser ses dettes. Le nouveau théâtre est attribué aux hospices en dédommagement de leurs biens vendus à la Révolution. Des directeurs de passage y donnent des spectacles, puis les propriétaires du théâtre de la place des Halles le louent pour éviter la concurrence. 

Se rendant compte que ni l'un ni l'autre bâtiment n'avaient les qualités d'un véritable théâtre, les préfets prennent l’initiative de projets visant à les remplacer par une seule salle. Une nouvelle construction en forme de temple grec, à l'emplacement de l'abbatiale Saint-Aubin, est envisagée en 1807, mais la Ville choisit en définitive de restaurer la salle du Ralliement. Le premier projet est élaboré par l'architecte Binet en 1812. Il était temps, au dire du préfet qui, dans une lettre au ministre de l'Intérieur, qualifie le théâtre des Halles « de salle véritablement hideuse et dégoûtante ».

Le nouveau bâtiment est inauguré le 21 mai 1825 par la troupe de comédie de Nantes. Pour 285 573 francs, la Ville s'est offert un joli théâtre dont la façade évoque un palais néo-classique. A l'intérieur, la salle de 900 places est disposée selon le plan moderne en fer à cheval et non plus en U allongé. Mais le théâtre reste assujetti au parcellaire, de sorte que l'on n'a pu placer la salle perpendiculairement à la façade, suivant les plans habituels.

Les célèbres comédiennes Mesdemoiselles Mars, Déjazet, Rachel se produisent sur la scène angevine. Frédéric Lemaître, le plus grand comédien de l'époque, interprète en 1839 Ruy Blas, Kean et Robert Macaire. Toutefois, Angers n’est qu'une scène de troisième catégorie, desservie par les troupes d'un arrondissement théâtral comprenant aussi Rennes et Le Mans.

1848 marque un tournant. Le conseil municipal décide de subventionner une troupe permanente. La ville concède à un directeur la jouissance gratuite de la salle et une subvention de 18 000 francs, selon un cahier des charges précis. Quinze jours avant l'ouverture du théâtre, il remet à la mairie le tableau complet de ses troupes d'opéra et de comédie, des choeurs et de l'orchestre. Les artistes chargés des emplois principaux ne sont définitivement engagés qu'à l'issue de la période des débuts, après vote favorable du public. La saison théâtrale dure huit mois. Les représentations d'opéra et d'opéra-comique sont obligatoires d'octobre au 1er avril. A partir de 1864, l'opérette fait une entrée prudente, d'abord avec Orphée aux enfers d'Offenbach. 

Nouveau théâtre

La salle est cependant jugée trop petite. Un projet d’agrandissement est confié en 1857 à l'architecte parisien Charpentier, auteur notamment de l'Opéra-Comique et du théâtre des Italiens. Rien n’a encore été décidé en 1865, quand un incendie consume entièrement le théâtre dans la nuit du 4 au 5 décembre. Plus d’hésitation : il faut reconstruire ! Dès lors, une grande réflexion urbanistique s'engage, dont l'enjeu dépasse de loin le théâtre. Le 21 juillet 1866, elle est close par une décision qui s'inscrit dans la tradition : le théâtre reste sur le flanc sud du Ralliement, mais sa construction sera enfin l'occasion d'achever la régularisation de cette place informe, née en 1791 du hasard de la démolition de trois églises. 

Les travaux commencent en 1868 sous la direction de l'architecte Botrel, pour s'achever seulement en 1871 avec un nouvel architecte, Magne. Entre-temps la municipalité a fort heureusement accordé à deux particuliers de Tours la faveur d'un terrain pour y construire un cirque-théâtre ouvert le 10 novembre 1866. Ainsi les Angevins ne sont-ils pas privés de spectacles.

L'édification d'un des plus beaux monuments d'Angers - palais typiquement Second Empire qui occupe en étendue un emplacement égal à celui de l'Opéra-Comique de Paris - s'est élevée au total à 1 251 528 francs, somme énorme qui va grever pour longtemps les finances municipales, et même le fonctionnement du nouveau bâtiment dont les directeurs devront se contenter de subventions médiocres. Une pléiade d'artistes angevins a concouru à son embellissement : les peintres Jules-Eugène Lenepveu et Jules Dauban, les sculpteurs Denécheau, Ferdinand Taluet, Julien Roux et Hippolyte Maindron, anciens élèves de David d'Angers. La belle salle de 1 188 places, distribuée à la française, comporte, à la différence des salles à l'italienne, des balcons largement ouverts. Le 11 novembre 1871, elle est inaugurée par les artistes de la Comédie-Française.

ACTUALITÉ DES ARCHIVES

Au XXe siècle, Angers a accueilli le drapeau fédéral de la Fédération française de gymnastique à trois reprises, au cours de grandes fêtes sportives qui ont remporté un brillant succès : en 1909, 1927 et 1957. En 1909, la fête se tient au Champ de Mars (place du Général-Leclerc). En 1927, c’est la place La Rochefoucauld qui est retenue. La 67e fête se tient à Angers en 1957 pendant trois jours, principalement au stade Bessonneau (Raymond-Kopa). Le défilé des 180 sociétés participantes, comprenant 3 000 gymnastes, dure plus de deux heures à travers les rues de la ville, jusqu’au stade. La grande fête de nuit finale, place du Général-Leclerc, attire 10 000 personnes. Les Archives municipales viennent de faire l’acquisition de l’affiche de la manifestation, en complément du programme déjà conservé par ailleurs. Elle est sortie en offset des presses du célèbre imprimeur nantais Beuchet et Vanden Brugge, l’imprimeur de Jean-Adrien Mercier.

LA PHOTOGRAPHIE

La rue Nicolas-Bataille n’a été ouverte qu’en 1957. Elle prolonge l’ancienne impasse du Stand ouverte sur quelques dizaines de mètres seulement à partir de la rue de Létanduère, en 1889, lors de la création d’un stand de pratique du tir par la Société de gymnastique et de tir d’Angers. Une société spécifique, la société du Stand angevin, est créée en janvier 1889, mais dissoute en 1893, devant le peu de succès de cette entreprise. Le stand de tir est vendu cette même année. En 1909, l’école Saint-Germain ouvre rue de Létanduère et rue du Stand. Le 28 septembre 1956, le conseil municipal décide que le prolongement de l’impasse du Stand jusqu’à la rue des Chaffauds portera le nom de Nicolas-Bataille. La nouvelle rue, mise en état de viabilité les années suivantes, est tracée sur les terrains de l’exploitation agricole des familles Pinier-Aubry. Ce n’étaient là que terrains de maraîchage, vigne, blé et poiriers. On voit ici le grand verger de poiriers – des william, duc de Bordeaux, passe crassane, beurré Clergeau, doyenné du comice… - lors de la dernière année d’exploitation en 1968. Le terrain, qui avait été inclus dans le périmètre de la ZUP Sud en 1966, est bâti par la Soclova en 1982.