Page histoire du Courrier de l'Ouest, 9 septembre 2018
Sommaire de la page :
Première remise de clef aux Gadzarts
“Vengeance”, un tract de la résistance angevine
La photographie : l'école des arts et métiers et la place La Rochefoucauld
9 septembre 2013 : les Accroche-Coeurs au top
Le livre à signaler : “Dictionnaire des peintres et sculpteurs de l'Anjou”, de Fabrice Masson
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CHRONIQUE
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers
PREMIÈRE REMISE DE CLEF AUX GADZ’ARTS
Les écoles d’arts et métiers ont leurs traditions, parfois différentes suivant les établissements, et qui ont évolué avec le temps. Le calendrier de l’école d’Angers, ouverte à Beaupréau en 1811 suivant le décret du Premier consul Bonaparte du 19 mars 1804, puis transférée au chef-lieu de Maine-et-Loire en 1815, est rythmé par quatre fêtes dans les années 1900-1960. La Bienvenue intègre les élèves de première année. La Sainte-Cécile, début décembre, correspond au baptême de la nouvelle promotion. L’Équerre est placée début mars, à peu près au milieu de la scolarité. La Délivrance marque l’achèvement de l’année scolaire. Avant 1900, c’était « l’enterrement de la Mécan’s », qui mettait au bûcher les innovations techniques de l’année.
Depuis le début du XXe siècle, la tradition de la clef d’Ex (ou clef de sortie), apparue à l’école de Cluny, enrichit la Sainte-Cécile et la Délivrance. La formation initiale de maître ouvrier poussait les Gadz’Arts vers le compagnonnage et leur première tradition était d’exécuter un chef-d’œuvre représentatif de la promotion. Ce fut la clef d’Ex. La plus ancienne conservée est une clef de Cluny, de 1898. À Angers, elle a toujours été en bois, et en général de la taille du plus petit de la promotion. Une autre clef, de taille beaucoup plus importante – 2,35 m de longueur – est promenée par la ville le jour de la Sainte-Cécile, début décembre, puis sur le « Char de la Délivrance » fin juin et installée au Café du Soleil, place du Pélican (actuel restaurant Love e Basta, 10 place Mendès-France), habituel lieu de réunion des promotions de Gadz’Arts jusqu’à la fin des années soixante-dix.
Or la clef est aussi l’emblème d’Angers. D’où la naissance de la tradition de remise de la clef de la ville aux Gadz’Arts par la municipalité, au début de chaque année scolaire ; puis, en fin d’année, de la cérémonie corollaire de restitution. Cette remise symbolique, que l’on a cru longtemps très ancienne jusqu’aux recherches d’Henri Le Breton (1), professeur à l’école des arts et métiers d’Angers, qui l’a imaginée ? Une récente découverte nous l’a fait connaître : c’est Jules Lecoq (1885-1972), imprimeur, personnage très connu à Angers, féru d’histoire angevine.
Il décrit lui-même la première remise, le dimanche 2 décembre 1962, à midi, par le maire Jacques Millot, dans un article du Courrier de l’Ouest paru le 12 décembre. Un écu imposant, « couché sur une grande table », supportait une clef d’or sur fond rouge et deux fleurs de lys, sur fond bleu, prêtées par Jules Lecoq. L’année suivante, une clef spéciale est usinée à la forge de l’école. En 1971, Henri Le Breton la complète d’un cadre protecteur, afin de magnifier cette remise qui jusqu’alors se faisait d’une main à l’autre, « comme un vulgaire témoin de course de relais ». Depuis, la tradition de la remise de la clef de la Ville aux élèves de l’École nationale supérieure des arts et métiers se poursuit chaque année.
Je remercie Jacques Le Breton de m’avoir communiqué le dossier réuni par son père sur cette question.
ACTUALITÉ DES ARCHIVES
La librairie Candide, rue Montault, a récemment retrouvé un tract de la résistance angevine, publié vers 1943-1944 ? Il vient de rejoindre les collections des Archives municipales. C’est un recto-verso imprimé sur un papier bleu très léger, de format 13 x 22 cm, et intitulé sobrement « Vengeance ». En voici un extrait :
“Vengeance :
Non ! Nous ne plierons point sous la botte germaine,
Nous saurons nous dresser, quand l’heure sonnera.
Barbares orgueilleux, notre tranquille Maine
De votre gros sang lourd bientôt se rougira.
Et nous vous chasserons dans votre terre inculte,
Vos corps ensanglantés couvriront nos chemins.
Trop longtemps nous avons enduré vos insultes
Entendu trop longtemps vos odieux refrains
[…]
Vous avez tout pillé, nos maisons et nos fermes,
Hypocrites soldats ! Véritables voleurs !
[…]
Vous avez tout pillé : cave, bahut, armoire
Tous les vieux souvenirs, du taudis au château,
Vous avez tout pillé, pourtant votre mémoire
A failli. Vous avez oublié le plus beau !
[…]
Notre âme de Français […]
Depuis plus de mille ans que le Moissonneur passe,
Les épis ont toujours refleuri dans nos champs !
Nous avons, en naissant, sucé cette croyance,
Qui nous fait forts et gais, comme de grands enfants.
Toute notre âme est là nous criant : Confiance ! […]
LA PHOTOGRAPHIE
L'école des Arts et Métiers
Aujourd’hui, le photographe serait au milieu de la place La Rochefoucauld. On n’imagine pas les difficultés d’accès que connaissait l’école des Arts et Métiers, installée à proximité directe de la Maine. Le 2 juin 1846, le directeur se plaint « des inondations qui fréquemment pendant six mois de l’année empêchent ou rendent très difficiles les abords de l’école […] et nuisent par là à la marche régulière de ses divers services ». Il prie le maire de donner suite au projet de quai conçu par l’administration précédente, afin d’assurer à son établissement un accès toujours sûr et facile. En fait, l’école doit patienter jusqu’au début des années 1870 pour voir un embryon de place remblayé devant son grand portail d’entrée et les années 1877-1890 pour la création du boulevard Arago et de la place La Rochefoucauld.
