Page histoire du Courrier de l'Ouest, 10 juin 2018
Sommaire de la page :
Les premières salles de cinéma
Un leurre pour les radars allemands pendant la Seconde Guerre mondiale
La photographie : le couvent de l'Espérance rue d'Alsace
10 juin 1877 : fête vénitienne sur la Maine
Le livre à signaler : “Lettre à une trop jeune morte” (histoire de Foulque Nerra) par Roger Bichelberger
Avec l'aimable autorisation de notre partenaire Le Courrier de l'Ouest, Ouvre une nouvelle fenêtre
CHRONIQUE
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers
LES PREMIÈRES SALLES DE CINÉMA
La première séance publique de cinématographe se déroule à Paris le 28 décembre 1895, au sous-sol du Grand Café. Six mois plus tard, le 1er juillet 1896, un opérateur des frères Lumière vient présenter la magique invention à Angers, au premier étage du café Gasnault, place du Ralliement.
Le lendemain, le journal Le Patriote de l’Ouest s’exclame : « C’est tout bonnement merveilleux, l’illusion de la vie est complète ». Devant l’enthousiasme, le cinéma reste à Angers jusqu’au 6 août. Au programme, des films de Louis Lumière ou de ses opérateurs : L’Arroseur, Une place de Lyon, L’Arrivée du train, Les Champs-Élysées…
Pendant une dizaine d’années, le cinéma reste essentiellement une activité de plein air, offerte par les grands cafetiers à leur clientèle. Quelques représentations temporaires, mêlées à d’autres spectacles, ont lieu au cirque-théâtre. Le 4 décembre 1907, la mairie autorise des représentations cinématographiques et des soirées dansantes dans l’établissement de J. Vercolier, 57 rue Baudrière.
Le premier cinéma, quoique saisonnier, ouvre ses portes au cirque-théâtre le 15 décembre 1907 : Serge Sandberg, directeur du Cinéma-Théâtre, société parisienne concessionnaire du cinématographe Pathé, loue la salle pour 15 000 F par an. La saison commence en octobre et s’achève au printemps.
Un an plus tard, jour pour jour, s’ouvre une nouvelle salle à Angers, 3 rue Saint-Denis, à l’enseigne des Fantaisies Angevines ou Fantaisies-Cinéma. La société du Cinéma-Théâtre Pathé loue cette petite salle, insérée dans le Grand-Hôtel (actuelles Galeries Lafayette), pour y présenter des films plus artistiques et littéraires qu’au cirque-théâtre. Son rez-de-chaussée compte un peu plus de trois cents places et une petite scène de 3,10 m de profondeur. L’écran mesure 4,50 m. À l’étage, un balcon et deux petites galeries latérales peuvent encore recevoir une centaine de spectateurs. Un orchestre, « composé des meilleurs virtuoses » de la ville accompagne les films.
Comme au cirque-théâtre, les projections sont saisonnières. Drames, voyages, comédies-chants alternent et les programmes sont complètement renouvelés chaque mardi et mercredi. Le directeur, P. Marcovici, ne ménage pas sa peine pour offrir des spectacles de premier ordre. Il y a foule pour Notre-Dame-de-Paris en 1911 et surtout pour Quo Vadis en 1913. Jean Durtal, dans ses souvenirs d’enfance, évoque sa joie d’aller aux « Fantaisies » chaque jeudi, « avec des billets réduits du chocolat Poulain ».
À la veille de la Première Guerre mondiale, Angers compte quatre cinémas : les Fantaisies Angevines, le cinéma du cirque-théâtre, le Saint-René (cinéma du patronage Notre-Dame-des-Champs installé en 1913) et probablement le Cinéma-Palace, 57 rue Baudrière (mal connu). Une enquête de la mairie indique que le commerçant Joubert doit ouvrir un cinéma 22 boulevard de Saumur, en septembre 1914. La guerre contrarie ce projet. Le cinéma Joubert n’est ouvert au public que le 13 avril 1916, sous le nom de Variétés-Cinéma, futur cinéma des Variétés. En 1916 s’ouvre aussi le Victoria-Cinéma, rue Saint-Laud (à l’emplacement de l’Alcazar). Mais le plus important cinéma de la ville pendant la guerre n’est autre que le Grand-Théâtre, en l’absence des saisons théâtrale et lyrique. En 1922, la Société des Chocolats Poulain fait construire le Familia rue Louis-de-Romain (futur Palace), premier bâtiment entièrement conçu pour l’usage du cinéma.
ACTUALITÉ DES ARCHIVES
C'est une bande de papier de 27 cm de long sur 4,5 cm de large, dont le recto est recouvert d'aluminium. Au verso, une mention manuscrite atteste de son origine : « Papier lancé par avions anglo-américains pour brouiller le repérage de la DCA, trouvé au parc de la Haye, août 1944. » Elle a été découverte dans un livre, par Philippe Leicher, de la librairie Candide, rue Montault à Angers et donnée aux Archives patrimoniales.
C’était un leurre... pour les radars allemands pendant la Seconde Guerre mondiale... Pour trouver une parade, les Anglais imaginèrent des bandes de papier d'aluminium, appelées « windows », assemblées en bottes de 2 000. Larguées d'un avion, les bottes « explosaient » en une myriade de bandelettes miroitantes qui donnaient sur les écrans radar un écho semblable à celui d'un avion. Les premiers paquets ont été largués le 25 juillet 1943, en prélude au bombardement de Hambourg qui fit, les 25, 28, 29 juillet et 2 août 1943 plus de 50 000 morts, alors que les Anglais ne perdirent que 57 avions.
LA PHOTOGRAPHIE
Les sœurs de l’Espérance, établies à Angers sous le Second Empire, avaient fait construire leur chapelle sur le marché aux fleurs en 1859, par l’architecte Louis Duvêtre. La rue d’Alsace, ouverte dix ans plus tard, nécessite la création d’un perron devant la façade, pour rattraper la différence de niveau. En 1955, les sœurs laissent la place au Foyer familial de jeunes travailleurs angevins qui accueille 75 pensionnaires et sert des milliers de repas. Un immeuble remplace la façade et une partie de la nef de la chapelle en 1961. De nouveaux bâtiments sont construits à l’arrière pour le foyer de jeunes travailleurs et inaugurés en 1966.
ÇA S’EST PASSÉ LE…
10 juin 1877
Ce jour-là la Société nautique d’Angers – fondée en 1865 – donne une imposante fête vénitienne sur la Maine entre les ponts du Centre (de Verdun) et de la Haute-Chaîne. Deux cents embarcations décorées et illuminées représentent des tableaux flottants : féerie navale, le sphinx, le navire de Cléopâtre, l’île des fleurs… Des milliers de lanternes vénitiennes et de verres de couleur accrochés aux mâts et aux cordages se balancent sous la brise légère. Les musiques de la ville ont pris place dans un bateau et jouent leur répertoire. Des exercices de trapèze sont donnés par une troupe de théâtre, éclairés par une puissante machine magnéto-électrique. Un grand combat naval donne lieu à de splendides évolutions. Une cascade de feu se déversant du pont de la Haute-Chaîne et un feu d’artifice terminent la soirée en apothéose.
