Page histoire du Courrier de l'Ouest, 14 octobre 2018
Sommaire de la page :
L'Aiglon, le “Hermès angevin”
Un tract du Centre d'animation du Lac de Maine (1978)
La photographie : rue Baudrière et montée du Tire-Jarret
14 octobre 1893 : achèvement de la nouvelle entrée du jardin des Plantes
Le livre à signaler : “Les Amants du Ralliement”, de Philippe Nédélec
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CHRONIQUE
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers
L’AIGLON, LE « HERMÈS ANGEVIN »
François Bayon, tailleur militaire à Tours, invente en 1889 une ceinture de maintien pour hommes. Fervent bonapartiste, et alors que triomphe la pièce d’Edmond Rostand en 1900, il baptise son entreprise l’Aiglon. Parce que les hommes se mettent à faire moins ripaille et plus de sport…, il se tourne vers la gaine pour femme avant 1914. Sa fille épouse son cousin germain Henri-Joseph Bayon, également tailleur militaire. Nommé à la nouvelle caserne Langlois d’Angers, ce dernier trouve plus intéressant de reprendre l’affaire de son beau-père et, comme il a des relations à Angers, la transfère dans cette ville vers 1920, 55 rue Desjardins.
La ceinture en cuir
Vers 1925, il se défausse de l’activité « gaines » sur Warner’s l’Aiglon, société fondée avec une firme américaine et invente une nouvelle spécialité, les ceintures en cuir tressé, puis en cuir élastique. Elles vont faire la renommée de l’Aiglon, dans l’esprit « accessoire de luxe ». Mais ses fabrications comprennent aussi bretelles de luxe, jarretelles, cravates et supports-chaussettes, sortes d’élastique pour tenir les chaussettes...
Le crack de 1929 amène Joseph Bayon à faire de l’exportation, mettant en place un réseau de distributeurs dans le monde entier. Son fils Patrice prend les rênes de l’entreprise en 1947. Il développe les marchés amorcés par son père, spécialement aux États-Unis, avec la création d’une filiale, la French Belt Corporation. Très inventif, il ajoute aux ceintures d’autres accessoires du vêtement, grâce à la bonne réputation de l’entreprise auprès d’environ 3 500 distributeurs chemisiers de qualité : gilets fantaisie, noeuds papillon, bracelets de montre, boutons de manchette, parapluies.
Chaque année, une nouvelle invention
Au diable les ceintures épaisses ! La ceinture bords zéro réversible de l’Aiglon fait un tabac à partir de 1953, comme l’ensemble ceinture et boutons de manchette « Initiale » (1962), au chiffre de celui qui le porte. Un important grossiste du monde arabe commande quarante kilos de ceintures d’un seul coup ! En 1965, c’est le lancement de la ceinture femme avec son sac assorti. Un triomphe ! Les matières les plus nobles sont travaillées, jusqu’au phoque, au morse, au cobra… L’Aiglon est le premier à utiliser pour les articles masculins, dès 1964, un tissu synthétique élastomère : le lycra. Bernard Buffet donne des dessins pour deux bretelles. L’entreprise fabrique elle-même ses boucles de ceinture pour avoir des modèles exclusifs.
À ceinture dorée, clientèle renommée : Kennedy père, Hassan II, le roi Farouk, Johnny Halliday, les acteurs Roger Pierre et Jean-Marc Thibault… Toujours en avance d’une idée, l’Aiglon contribue au développement de la fête des pères dans les années cinquante. Pour sa communication comme pour sa nouvelle usine boulevard Gaston-Birgé (1962), au design dernier cri, l’Aiglon ne lésine jamais : publicités dans L’Illustration, emballages luxueux, artiste dessinateur - R.-H. Perdriau - à demeure à l’entreprise.
« Bang » !
En 1947, Patrice Bayon est victime d’un grave accident de voiture. Remis après une longue convalescence, il s’aperçoit qu’il a une peur bleue de remonter en voiture. Il fait donc adapter à son véhicule une ceinture d’avion achetée à Air France. Ce qui lui donne l’idée d’une ceinture de sécurité pour automobile, la ceinture « Bang », marque déposée en 1956, homologuée aux États-Unis en 1960. Elle équipe d’abord les compagnies d’aviation, puis, peu à peu, les automobiles. Quand la ceinture de sécurité est en passe de devenir obligatoire, l’Aiglon obtient ses premiers marchés en 1971 avec les grands constructeurs, spécialement Renault. Le département « Sécurité » de l’entreprise donne lieu à la création des sociétés Europtiss (fabrication de sangles) en 1970 et Sécuraiglon en 1973, faisant d’Angers le berceau européen de la ceinture de sécurité (jusqu’en 2003). Aujourd’hui, l’entreprise poursuit cette tradition d’inventivité et de luxe.
ACTUALITÉ DES ARCHIVES
Le Centre d’Animation du Lac de Maine
C’est un document modeste, mais il a son prix historique, qui vient d’être collecté par les Archives patrimoniales d’Angers, un tract des débuts du lac de Maine en 1978. Le projet de plan d’eau remonte à 1964, quand, le 27 février, le conseil municipal donne son autorisation de principe à l’acquisition des prairies de l’abattoir, dites aussi de Balzac. L’ouverture de la base nautique date du 1er juillet 1978, mais dès 1976 un Centre d’Animation du Lac de Maine (le CALM) se crée pour essayer de répondre aux besoins de loisirs des Angevins de plus de 15 ans ne pouvant partir en vacances. En 1977, un collectif travaille à donner au Centre des moyens nécessaires en locaux, personnel et matériel. Le collectif 78, à l’origine de ce tract, avait l’ambition de réunir le plus grand nombre d’associations ou groupements d’Angers afin de répondre de manière encore plus précise aux besoins de loisirs de tous les Angevins. Que pouvait-on faire au centre ? Des activités nautiques bien sûr, mais aussi randonnées, cyclo-tourisme, canoë, safari-photo, chantiers archéologiques, activités sportives et culturelles, ainsi que musique, jeux ou danse lors de soirées détentes.
LA PHOTOGRAPHIE
Montée du Tire-Jarret et rue Baudrière
Situé sur l’une des principales voies de la ville, ce carrefour était très pittoresque. La mise à l’alignement et les modifications de la montée Saint-Maurice à partir de 1925 lui ont enlevé tout caractère. Peut-être a-t-on voulu effacer le souvenir de la rue Mircon, où se tinrent longtemps des femmes en carte… Quand les volets étaient ouverts, elles étaient libres…
ÇA S’EST PASSÉ LE…
14 octobre 1893 : Achèvement de la nouvelle entrée du jardin des Plantes
Jusqu’en 1893, le jardin des Plantes n’avait pas de débouché sur la place du Pélican (actuelle place Mendès-France). Les maisons du faubourg Saint-Samson le masquaient complètement aux regards de ce côté. La « percée du jardin des Plantes » est déclarée d’utilité publique en juin 1891. Les travaux sont achevés le 14 octobre 1893 et inaugurés le 3 décembre, en même temps que la statue du savant Chevreul. La grille réalisée par les Angevins Blot et Bonneau atteste la supériorité de leur talent. Elle est tout de suite considérée comme un chef-d’œuvre.
