Page histoire du Courrier de l'Ouest, 16 septembre 2018
Sommaire de la page :
Une des plus anciennes universités
Une pince pour retourner les gants
La photographie : la rue Baudrière
16 septembre 1839 : Grégoire Cordeau, précurseur du reportage photo
Le livre à signaler : “Domaine aux Moines, une année au coeur de la vigne en Val de Loire”;
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CHRONIQUE
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers
UNE DES PLUS ANCIENNES UNIVERSITÉS
L’université d’Angers est l’une des plus anciennes du royaume de France, après celles de Paris (début XIIIe siècle), Toulouse (1233), Montpellier (1289), Orléans (1306). Entre les faits et la reconnaissance officielle, la maturation a été lente, si bien que les historiens reconnaissent qu’il est difficile de lui assigner une date de naissance unique et précise. Elle tire ses origines de l’école cathédrale dirigée par un maître-école, apparue à la fin du Xe siècle, déjà réputée à la fin du siècle suivant. Les clercs formés à Angers sont promis à une brillante carrière ecclésiastique : Robert d’Arbrissel, Abélard, Aubin écolâtre de Lincoln, de nombreux clercs anglais, Matthieu conseiller du pape Alexandre III, puis cardinal, ont fréquenté l’école d’Angers.
À partir du XIIIe siècle, cette école se spécialise dans l’enseignement du droit, à la faveur de la bulle d’Honorius III interdisant l’enseignement du droit civil à Paris (1219) et de la grève parisienne de 1229 qui amènent nombre de professeurs et d’étudiants à Reims, Orléans et à Angers. L’enseignement angevin au XIIIe siècle ne se borne pas au droit. Depuis au moins 1244, les arts libéraux sont également professés au collège de la Porte-de-Fer, au pied de la Cité. Au XIVe siècle, cet ensemble d’enseignements, qui comprend aussi la théologie et la médecine, prend peu à peu la forme d’une universitas (corporation), regroupant maîtres et étudiants. La première reconnaissance officielle d’un studium generale, terme juridique désignant une université, apparaît en 1337 dans une lettre de l’évêque d’Angers Foulques de Mathefelon. Après un long conflit avec le maître-école, docteurs et étudiants obtiennent enfin en 1364 du roi de France Charles V la concession officielle de privilèges, calqués sur ceux de l’université d’Orléans.
L’université – puisqu’on la reconnaît désormais sous ce titre – obtient ses premiers statuts en juillet 1373. Les « nations » d’étudiants – associations d’entraide mutuelle - et leurs procureurs apparaissent alors. En 1398, les étudiants obtiennent le transfert des pouvoirs du maître-école à un recteur, élu par ses pairs pour administrer l’université. Ces nouveaux statuts consacrent la fin de l’école cathédrale. L’université devient pleinement une corporation autonome, sous la forme médiévale traditionnelle d’un communauté jurée : chaque niveau – étudiants, candidats aux grades, régents, recteur, procureurs des nations, officiers – doit prêter serment lors de son entrée en fonction. Les nations sont au nombre de six, suivant l’ordre de préséance indiqué dans les statuts : Anjou, Bretagne, Maine, Normandie, Aquitaine, France. Au XVe siècle, l’université est en pleine vitalité. En 1403, elle compte quelque 712 étudiants. Réduite au départ à la faculté de droit, l’université devient un studium generale complet en 1432 avec la bulle pontificale d’Eugène IV créant trois nouvelles facultés - théologie, médecine et arts – confirmées par lettres patentes de Charles VII en 1433. Leurs statuts sont promulgués respectivement en 1464, 1484 et 1494. Une bibliothèque est fondée. Des bâtiments – les Grandes Écoles (emplacement actuel du Grand Théâtre) - sont construits en 1477 pour les cours de droit et de médecine. Ceux de théologie sont donnés dans le cloître de la cathédrale. Quant à la faculté des arts, elle tient ses réunions près de la collégiale Saint-Martin. Elle est constituée par différents collèges : Porte-de-Fer, Fromagerie (rue Lionnaise), Bueil (rue de la Roë), Fougères (rue Saint-Julien).
ACTUALITÉ DES ARCHIVES
Objet insolite : une pince en bois pour retourner les gants
De 1920 à 1976, Angers a compté une fabrique de gants en tissu, laine, fil et soie, rue Belle-Poignée, derrière le reposoir du Tertre-Saint-Laurent. Une grande plaque d’ardoise la signalait au passant : « Gant Ariane ». Fondée par Georges Pairault, Maurice Marillier et Maurice Barre, elle est rachetée en 1929 par la société Neyret. Tout le processus de fabrication est détaillé dans les dossiers d’entretiens menés par Maud Fravega en 2006 auprès d’anciennes ouvrières et conservés aux Archives municipales. Une paire de gants, une main d’exposition et cette pince en bois complètent les témoignages.
LA PHOTOGRAPHIE
Rue Baudrière
Les immeubles encore visibles à la fin des années 1970 ont fait place au réaménagement total du quartier République-Baudrière, achevé en 1985. Au premier plan à gauche, la maison Gourichon-Gaudin. « Du meuble vendu en toute confiance. Qualité, robustesse, élégance, bien fini. Gourichon-Gaudin, 51-53 rue Baudrière, spécialité de salles à manger, chambres à coucher » annonçait une publicité de 1937. Au fond, dans l’axe de la rue, le trou laissé par l’incendie du Palais des Marchands, du 21 novembre 1936.
ÇA S’EST PASSÉ LE…
16 septembre 1839
Un précurseur du reportage photographique, Grégoire Cordeau !
En janvier 1839, François Arago, député et secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, s’attache à faire la promotion du premier procédé photographique que vient de mettre au point Louis Daguerre, à partir des recherches de son associé Nicéphore Niepce. En août, l’inventeur est invité à en faire une première expérience publique. Rapportée dans les journaux, elle ne passe pas inaperçue auprès du receveur municipal de la Ville d’Angers, Grégoire Cordeau.
Dès le 16 septembre, il écrit au maire : « Je lis dans le Journal de Maine-et-Loire du mercredi 11 septembre 1839 l’article intéressant sur l’expérience publique du daguerréotype. C’est une plaque chimique qui retrace à nos yeux d’une manière durable ce qu’ils avaient vu comme elle […]. [L’appareil daguerréotype] ouvre un champ vaste à nos investigations […]. Je désirerais, au moins, que la Ville d’Angers fît l’achat d’un daguerréotype pour être expérimenté et employé également le plus possible à retracer l’image des divers sites de la ville, aux quatre saisons de l’année ».
Quelle fut la réponse ? La lettre porte l’annotation suivante, du secrétaire général Dainville : « Cette lettre […] a pour objet d’engager la Ville dans la dépense d’achat d’un daguerréotype. À quoi bon ? Qui en fera usage ? Rien d’administratif et par conséquent rien à faire. » Dommage ! Les clichés qui en auraient résulté seraient bien précieux aujourd’hui.
