Page histoire du Courrier de l'Ouest, 30 septembre 2018
Sommaire de la page :
La première zone industrielle de la ville
Un catalogue des pépinières André-Leroy (1868)
La photographie : l'Hôtel Houdet, 8 rue Boisnet
30 septembre 1883 : le premier ballon de la Ville
Le livre à signaler : “Une famille angevine dans la tourmente, été 1940. Le journal d'Albert Thirault”, par Élie Durel
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CHRONIQUE
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers
L’ÎLE DES CARMES : PREMIÈRE « ZONE INDUSTRIELLE » D’ANGERS
La Doutre, quartier outre Maine, concentre les premières usines de l’industrie naissante aux XVIIIe-XIXe siècles, et plus spécialement l’île des Carmes, rattachée à la rive droite en 1866 par les boulevards Henri-Arnauld et du Ronceray. Déjà une raffinerie de sucre de canne y fonctionne depuis les années 1670. La vente des biens nationaux ecclésiastiques en 1790-1791 offre de vastes bâtiments aux entrepreneurs, ce que traduit bien la voirie en 1792 : la petite rue longeant l’église des Carmes, jusqu’à la rue Grenetière, est dénommée rue Filature et la rue des Carmes, rue Mécanique.
Le quartier le plus industriel
L’île offre à cette époque tout ce que recherchent les industriels. Elle se trouve placée au noeud des communications terrestres et fluviales, sur l’unique pont de la ville, par où passent toutes les routes royales et départementales, et au débouché des rivières navigables du Loir, de la Sarthe et de la Mayenne. À une époque où la navigation constitue le moyen de transport principal, avoir un débouché direct sur la Maine est un avantage appréciable.
En 1834, l’industriel Pierre-Constant Guillory, fondateur de la Société industrielle d’Angers et de Maine-et-Loire, vante cette position « extrêmement favorable » qui fait de l’île « le quartier le plus industriel de la ville » (Notice sur l’établissement industriel de M. Guillory aîné, d’Angers, composé de sucrerie indigène, raffinerie, distillerie et féculerie, Angers, Ernest Lesourd, 1834). « Outre ses deux superbes minoteries, poursuit-il, l’une avec huilerie et l’autre avec filature de laine, mues par la vapeur, cette île, qui n’a que quatre cents mètres de longueur, possède trois filatures de coton, dont l’une mise en mouvement par la vapeur ; trois brasseries de bière, une salpêtrerie, une raffinerie de sucre, des ateliers de mécanique […] ; des fabriques de chapeaux de soie et de feutre ; des entrepôts […] ».
Les minoteries sont celles des associés Cesbron, Foucault et Moreau-Maugars, rue Grenetière et de Julien-Alexis Oriolle, rue Beaurepaire. Cette dernière aura une longue filiation jusqu’à la filature Buirette et Gaulard, rue de la Brisepotière. Pour le coton, la filature d’Aimé Renault, dans l’ancien couvent des Carmes, est la plus moderne. Les brasseries se trouvaient rue Grenetière, de même que la salpêtrerie de Leterme-Saulnier, tandis que la raffinerie de sucre Radigon et Guérin, transformée en savonnerie en 1844, se situait rue Beaurepaire.
Guillory lui-même ouvre une raffinerie de sucre de betterave en 1828, à la proue de l’île, face à l’école royale des Arts et Métiers. Il y introduit les derniers perfectionnements de cette nouvelle industrie. Malheureusement sa mauvaise santé le contraint à abandonner son exploitation en 1835 et à louer les bâtiments au « mécanicien » Christophe Bérendorf en 1836 : début d’une entreprise de fonderie et de construction de machines qui prospère jusque dans les années 1920, sous le nom de Laboulais.
Polyvalence
L’apparition des machines à vapeur hérisse l’île de hautes cheminées. La nouvelle source d’énergie donne naissance à des activités très diverses au sein d’une même entreprise. La spécialisation ne vient que plus tard. Ainsi, l’établissement de Cesbron, Foucault et Moreau-Maugars, près du grand pont, combine-t-il en 1831 huilerie, minoterie, filature de laine et scierie de bois de placage.
Cette polyvalence industrielle s’éteint peu à peu au Second Empire et l’urbanisation du quartier conduit les entreprises à émigrer peu à peu pour trouver ailleurs de plus vastes terrains, du côté de l’abattoir, vers Reculée ou au nord-est de la ville : début du déplacement des industries vers la périphérie de la ville, par anneaux concentriques progressifs.
ACTUALITÉ DES ARCHIVES
Catalogue des pépinières André Leroy
Les catalogues d’horticulteurs du milieu du XIXe siècle sont rares. Seuls les plus importantes maisons en éditaient. L’un d’eux, des pépinières André Leroy, entreprise phare de la ville, vient d’être proposé aux Archives municipales. Alors située à l’emplacement de l’Université catholique de l’Ouest, elle représentait 168 hectares de cultures, 110 étant plantés en fruitiers et 58 en arbres et arbustes d’ornement. 10 autres hectares étaient consacrés aux collections de pieds mères et aux châssis de multiplication. Un personnel d’environ 300 ouvriers était encadré par 26 contremaîtres. Le catalogue de 1858 se partage pour moitié entre arbres fruitiers et arbres forestiers et d’ornement. Pour la rhubarbe par exemple, il énumère pas moins de 9 variétés. Pour les séquoias, il en propose 4, mais pas de séquoia nain, espèce dont on a beaucoup parlé récemment.
LA PHOTOGRAPHIE
L'Hôtel Houdet, 8 rue Boisnet
Au début du XXe siècle, le quartier Thiers-Boisnet était le domaine de l'aristocratie du commerce et des petites industries. Les « négociants en gros » et patrons de petites entreprises étaient propriétaires de leur négoce et résidaient sur place, ce qui fait que Boisnet était très bourgeoisement habité. Il y avait les Martin-Rondeau (fers et métaux), les Girard et les Pertus (parapluies), les Riobé et Couée (tissus en gros), Bouvet (vêtements), Bazin (fabrique de broderies)… et aussi un hôtel, proche de la place Hérault, que l’on voit sur la droite du cliché. En 1906, il est rénové et des cartes postales sont éditées. Elles n’omettent pas de préciser qu’il est équipé du téléphone et de l’électricité. Malgré tout, l’établissement est liquidé en janvier 1912. L’Imprimerie angevine de Georges Houssin le remplace.
CA S’EST PASSÉ LE…
30 septembre 1883
Le premier ballon “Ville d'Angers”
La Ville d’Angers inaugure son premier ballon, baptisé… « La Ville d’Angers ». Il cube 600 000 litres de gaz. L’ascension a lieu sur le Champ de Mars, avec l’aéronaute Porlier, membre de l’Académie d’aérostation météorologique de France, auteur de nombreux vols dans toute la France. Les Angevins pouvaient s’inscrire pour participer à l’ascension. Finalement, le vol n’emporte que Porlier et Pierre Bellanger, fabricant de corsets rue Bodinier. Le ballon atterrit entre Coutures et Chemellier. « À peine était-il descendu, note L’Écho saumurois du 3 octobre, qu’une foule de personnes attirées par ce spectacle nouveau accourait de tous côtés pour contempler le roi des airs. » Un dîner est offert aux aéronautes par un habitant de Saint-Ellier.
