Page histoire du Courrier de l'Ouest, 24 juin 2018
Sommaire de la page :
Le cirque-théâtre de la place Molière
De nouvelles archives en ligne
La photographie : le quartier de la République
24 juin 1912 : l'institut pour aveugles transféré à la Claverie
Le livre à signaler : “Le Pont cassé”, par Léon Mousseau, réédition augmentée
Avec l'aimable autorisation de notre partenaire Le Courrier de l'Ouest, Ouvre une nouvelle fenêtre
CHRONIQUE
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers
LE CIRQUE-THÉÂTRE, PLACE MOLIÈRE
De 1866 à 1962, la place Molière fut le siège d’une construction circulaire, le cirque-théâtre, véritable salle « multifonctions ».
Angers avait une belle salle de spectacle, inaugurée en 1825 sur la place du Ralliement. Or, dans la nuit du 5 décembre 1865, un incendie la réduit en cendres. Deux particuliers, Morel et Racine, saisissent l'occasion pour présenter au maire le projet d'un cirque-théâtre, formule architecturale habile et économique qui permet de disposer, selon les besoins du jour - comme dans certains amphithéâtres gallo-romains - d'une scène ou d'une arène. Ils n'en sont pas à leur coup d'essai, venant de réaliser le cirque-théâtre de Tours, où Racine est architecte.
Moyennant concession gratuite par la Ville d’un terrain place Molière pour une période de quinze ans, l'eau et le gaz pour les représentations étant gratuits, Morel et Racine s'engagent à construire en quatre mois un bâtiment fait de matériaux légers : ossature en bois remplie de briques de couleur formant damiers décoratifs, toiture en ardoises, lanternon en zinc. Les bénéfices de l'exploitation les rembourseraient et au-delà. Traité conclu le 5 mai 1866.
Le cirque-théâtre est inauguré le 10 novembre 1866 par un concert. On ne pouvait mieux espérer : si le confort laisse à désirer, l’acoustique se révèle merveilleuse. Dans sa version cirque, le bâtiment accueille 1 600 personnes autour d'une piste de treize mètres de diamètre. Donne-t-on une pièce de théâtre ? Un parterre de 400 places porte sa capacité à 2 000 personnes. La formule du cirque-théâtre connaît un tel succès en France que vingt-quatre autres cirques se sont élevés dans les principales villes.
Très vite, celui d’Angers devient la salle la plus populaire de la ville : populaire par le succès, mais aussi par la fréquentation. Elle abrite toutes les manifestations que l’on ne veut, ni ne peut, organiser au « Grand Théâtre » : spectacles légers, revues de music-hall, variétés, cirque, mais aussi opérettes et théâtre, conférences, meetings politiques, cinéma (la première salle d’Angers), sport, distributions des prix des écoles publiques… C’est par excellence la salle de « distraction d’une grande partie du bas de la ville ».
Si la « bonne société » regarde à aller s’encanailler place Molière, en revanche elle s'y rend en force pour les concerts. De l'avis unanime, le cirque-théâtre est comme « une boîte à musique », tant son acoustique est parfaite. Les concerts y deviennent réguliers à partir du 21 octobre 1877, date du premier concert de la nouvelle Association artistique des concerts populaires. Toujours de très grande qualité, donnés tous les dimanches à 13 h 30 jusqu'en 1893, puis tous les quinze jours, les concerts populaires sont très suivis.
Le premier janvier 1899, le cirque-théâtre est racheté par la Ville. Désormais, il est exploité par le directeur du théâtre municipal. L'année suivante, 30 000 francs sont affectés à sa restauration qui se termine en 1912 par la reconstruction en dur du bâtiment de scène et par l'électrification en 1916. Jusqu'en 1939, le cirque-théâtre abrite les spectacles les plus variés, mais déjà les cirques l'ont délaissé : ils voyagent beaucoup plus et possèdent leurs propres installations, démontables. La démolition du cirque de la place Molière est envisagée – sans suite – dans l’entre-deux-guerres. Lors de la discussion du plan d'aménagement de la ville en 1934, on évoque son remplacement par une salle des fêtes.
La Seconde Guerre mondiale lui est fatale. Pour des raisons de chauffage, les concerts populaires l'abandonnent en mars 1941. Après les bombardements de mai 1944, le cirque sert de morgue. Relégué au rang de simple salle pour des répétitions de la musique municipale ou pour les exercices sportifs des écoles, le bâtiment tombe sous la pioche des démolisseurs en mai-juin 1962.
ACTUALITÉ DES ARCHIVES
De nouvelles archives en ligne !
Vous avez désormais accès sur le site des Archives de la ville d’Angers (archives.angers.fr) aux arrêtés du maire (1793-1919) et à la correspondance municipale (1793-1914). Celle-ci donne un résumé des lettres envoyées et reçues par la Ville, ce qui peut compléter l’information historique disponible sur certaines affaires, dont les dossiers ne nous sont pas parvenus.
La série Obj s’est beaucoup enrichie ces dernières années. Vous trouverez désormais en ligne les 682 nouveaux objets angevins qui ont fait l’objet d’une campagne photographique à l’automne 2017. Il s’agit d’objets de vie quotidienne, publicitaires, de productions angevines (1 Obj) ; de médailles et insignes (2 Obj) avec notamment la collection de médailles donnée en 2017 par Jean Monnier, maire honoraire (voir illustration) ; et enfin de bouteilles de différents produits angevins, pouvant remonter à la fin du XIXe siècle.
LA PHOTOGRAPHIE
Une piste de skate-board improvisée sur les démolitions du quartier de la République ! À gauche, la rue Millet et l’immeuble du pensionnat du Sacré-Cœur, à l’arrière-plan la rue Plantagenêt et le carrefour avec la rue Bodinier. C’est en 1970 que la municipalité de Jean Turc a pris la décision de créer un nouveau quartier autour de la place de la République. Les halles à la Baltard ont été démolies en janvier 1971, puis progressivement tout le quartier depuis l’ancienne gare routière, place Mondain-Chanlouineau jusqu’au quai René-Bazin, en passant par le côté pair de la rue Plantagenêt. Les derniers immeubles de la place de la République disparaissent en mars 1978. Le nouveau quartier voit le jour sous le mandat de Jean Monnier. Il est inauguré le 7 septembre 1985.
ÇA S’EST PASSÉ LE…
24 juin 1912 :
L’Institut régional professionnel d’aveugles fondé par Mlle Mulot en 1866, pris en charge par les hospices d’Angers, est transféré dans la propriété de la Claverie, à Saint-Barthélemy, propriété du grand séminaire séquestrée après la loi de séparation de l’Église et de l’État. Il prend le titre d’Institut régional professionnel d’Angers. Sa mission est entièrement tournée vers l’instruction et la formation professionnelle des aveugles. L’enseignement a pour base les programmes de l’enseignement primaire, adaptés à la cécité. Les enfants sont reçus dès l’âge de six ans. Un enseignement spécialisé, soit en musique, soit vers les métiers manuels, leur est également dispensé. Mais l’éloignement des hospices rend le fonctionnement de l’établissement coûteux. Il est rapatrié dès septembre 1926 auprès de ceux-ci et de l’école des sourds et muets à Montéclair (enclos actuel du CHU).
