Page histoire du Courrier de l'Ouest, 22 juillet 2018
Sommaire de la page :
La fête des Vins de France
Le calendrier perpétuel publicitaire de Bessonneau
La photographie : le Bon-Pasteur
22 juillet 1930 : un service médical à l'école
Le livre à signaler : “Le Mystère de la rose angevine”, roman policier historique par Delphine Bilien
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CHRONIQUE
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers
UNE REINE ET UN PRÉSIDENT POUR LA FÊTE
Angers accueille en 1937 la Ve fête des Vins de France : moment inoubliable qui transfigure la capitale de l’Anjou.
Cette fête de 1937, la plus importante depuis celle de l’inauguration de la gare Saint-Laud par le futur Napoléon III en 1849, a été voulue par la Fédération des syndicats viticoles de l’Anjou. Pour améliorer la difficile situation de la viticulture dans l’entre-deux-guerres, l’État met en place les appellations d’origine contrôlée (AOC) à partir d’un décret-loi de 1935, garantissant l’origine des vins. Au sein du Comité national de propagande pour le vin, les vignerons lancent de vigoureuses campagnes de promotion, dont la fête des Vins de France est la plus belle illustration. La première se déroule en 1933 à Mâcon en Bourgogne. En 1934, Bordeaux lui consacre plus de 500 000 francs. Le champagne est à l’honneur en 1935 à Reims, le vin d’Alsace à Colmar l’année suivante. En 1937, c’est Angers qui célèbre avec ferveur les crus si variés de l’Anjou, sans regarder à la dépense : plus de 700 000 francs.
Victor Bernier, maire d’Angers et président du conseil général, prend la tête du comité d’organisation. L’architecte Jamard coordonne la commission artistique et du cortège ; Jacques Mercier, représentant la maison Cointreau, la commission du programme et des affiches. Le frère de ce dernier, Jean-Adrien, artiste peintre et grand affichiste, réalise celle de la fête, fraîche comme un rosé d’Anjou.
Le président de la République, Albert Lebrun, accepte de venir à Angers pour l’occasion : première visite d’un président de la République depuis 1874… Au printemps de 1937, on s’active dans tout l’Anjou pour élire les reines communales des régions viticoles, puis les reines cantonales qui elles seules pourront être candidates à l’élection de la reine des Vins de France, au Grand Théâtre d’Angers, le 30 mai. Toutes doivent revêtir le costume angevin et la coiffe. Six jeunes filles sont d’abord élues pour représenter les différentes régions viticoles de l’Anjou. Ce seront les duchesses d’Anjou et demoiselles d’honneur de la reine. Pour le scrutin final, les candidates ne doivent pas seulement défiler devant le jury, mais faire la révérence deux fois et dire à la salle le texte suivant, marqué sur une feuille : « C’est au nom de la vieille province angevine dont je suis la reine de ce jour, que j’ai le grand honneur de vous souhaiter la bienvenue ».
Reine le jour de sa fête…
Un tonnerre d’acclamations salue l’élection de Berthe Sallé, la reine de Tiercé, « que tout le monde s’accordera à proclamer inattaquable » note Le Petit Courrier. Elle s’en souvient encore aujourd’hui avec émotion. Et dire qu’elle n’était pas très motivée pour cette élection ! Elle n’avait que 17 ans. Fille de la terre - ses parents sont agriculteurs à la ferme de la Chapelle à Tiercé - elle préférait la vie simple des travaux de la ferme, tandis que sa soeur aînée, Blanche, candidate elle aussi, aurait aimé être « en représentation ». Mais c’est Berthe qui est élue : elle sera reine le 4 juillet, le jour de la Sainte-Berthe… Ce 30 mai, c’était la première fois qu’elle se rendait à Angers.
Quel défilé !
Dimanche 4 juillet : le grand jour ! Tandis que le président de la République visite rapidement les vignobles le matin, puis préside un grand banquet au palais de justice, la reine des Vins se prépare pour le grand défilé des quinze chars historiques, conçus par les artistes angevins. Comme il se doit, le char de la reine clôt le cortège, un char immense, représentant une coiffe angevine, en carton épais soutenu par une armature. Pour rejoindre son trône, Berthe Sallé doit grimper sur un grand escabeau avec sa robe à traîne, de quoi ne pas être très rassurée ! Le défilé, qui s’étend sur près de deux kilomètres, est splendide. L’Angevine Marinette Rameau a noté dans son journal : « J’ai aimé les délégations des contrées vinicoles : les Alsaciennes furent très acclamées, les Bordelaises étaient très gaies. Naturellement beaucoup d’Angevines. Notre costume est sévère et vieillit les jeunesses qui le portent. Les chars étaient parfaits. Beaucoup de reconstitutions historiques, mais les chaussures n’étaient jamais dans la note ».
À l’issue du défilé, Berthe Sallé remet l’étendard des Vins de France au président de la République. La fête se poursuit au jardin du Mail avec les groupes folkloriques des principales régions viticoles, puis le soir sur les bords de la Maine pour un grand spectacle nautique. Le président Albert Lebrun est déjà reparti, enchanté de son séjour et rendu assez euphorique par le délicieux vin d’Anjou. Dans l’année qui suit, jusqu’à la fête des Vins de 1938 qui la conduit en Avignon, la reine de 1937 est souvent invitée et reçoit de nombreux cadeaux, comme une Miss France d’aujourd’hui.
ACTUALITÉ DES ARCHIVES
UN CALENDRIER PERPÉTUEL OFFERT PAR BESSONNEAU
Objet insolite ! Parmi la collection d’objets des Archives municipales, celui-ci présente un double intérêt : son origine et son utilité. Le revers vante la ficelle lieuse des filatures, corderies et tissages Bessonneau d’Angers, « filée à l’huile pure et garantie sans eau », tandis que la face principale offre un calendrier perpétuel, indiquant le jour de la semaine pour les années 1911-1934. L’objet est très léger, en aluminium.
LA PHOTOGRAPHIE
Le Bon-Pasteur
Seule une vue aérienne permet aujourd’hui de voir ensemble les mêmes bâtiments : le couvent du Bon-Pasteur, sa chapelle et la maison à haut pignon au milieu des jardins. Encore que les bâtiments du Bon-Pasteur aient été en grande partie renouvelés dans les années 1950-1960. Ce cliché date la fin du XIXe siècle, bien avant la construction des nouveaux abattoirs inaugurés en 1910, qui seraient au premier plan à droite. Le mur de clôture dessine le tracé de la future rue Henri-Fournier. Et aujourd’hui, le photographe serait à peu près au rond-point de la fontaine Aqua Familia, avenue Yolande-d’Aragon.
ÇA S’EST PASSÉ LE…
22 juillet 1930
La municipalité vote la création d’un service d’inspection médicale des écoles. Il s’agit d’assurer l’hygiène intérieure des écoles et celle des enfants, d’éviter les maladies contagieuses, d’établir les fiches sanitaires individuelles des enfants, constituant de véritables carnets de santé, enfin de créer une liaison permanente avec les familles en les tenant au courant de l’examen médical périodique de leurs enfants. Mlle Marguerite Legros est nommée médecin-chef à ce poste. Docteur en médecine née au Havre en 1904, diplômée de l’institut d’hygiène de la faculté de médecine de Paris, c’est une ancienne interne de l’hôpital d’Angers. Elle a exercé ses fonctions avec une rare passion jusqu’en 1974, en même temps que celles d’administratrice de la Caisse des écoles (1932-1975) et de directrice du bureau municipal d’hygiène de la Ville (1937-1976). Des générations d’écoliers se souviennent d’elle.
