1704 - Faubourgs d'Angers

Trésors d'archives

Exposition virtuelle de quelques belles pièces d'archives

Plan de la ville et fauxbourgs d'Angers et des environs par Thibaudeau, ancien échevin et géomètre. 1704.
Papier, dessin à la plume, 117 x 127,5.
Arch. mun. Angers, 1 Fi 1571.

La première représentation de la ville en projection horizontale est signée Louis Simon, gravée en 1736 et dédiée au maire François Poulain. Malgré bon nombre d'inexactitudes, c'est le premier plan véritable d'Angers, mais il ne va pas au-delà des faubourgs. Ce plan a relégué dans l'ombre le travail d'un certain Thibaudeau, qui avait produit en 1704, sans doute de son propre chef, un "Plan de la ville et fauxbourgs d'Angers et des environs", manuscrit. Il est présenté aux échevins en 1707 : "Sur la proposition faitte par monsieur de la Forestrie [conseiller de ville] de sçavoir de cette compagnie si elle seroit d'avis de faire les frais de la gravure du plan de cette ville dont le sieur Thibaudeau en a fait un et qui luy a esté envoyé. Les opinions prises, a esté arresté que le temps n'étant pas favorable, il luy seroit écrit par monsieur le vice-maire de raporter ledit plan sans qu'il y ayt lieu d'y faire aucune dépense pour le graver" (registre des délibérations, 21 mai 1707, BB 104).

De ce fait, le plan est resté quasi inédit jusqu'à nos jours. On ne sait que fort peu de choses sur Thibaudeau, sinon qu'il fut échevin comme l'indique la légende du plan (de 1681 à 1683) et géomètre. Ni Thorode, ni Audouys ne le mentionnent dans leurs notes généalogiques. Ce qu'en dit C. Port dans ses Artistes angevins s'applique en réalité à un homonyme. Le plan est tracé à l'encre sur plusieurs feuilles assemblées formant un grand carré d'1,17 m sur 1,27 m. Ce n'est pas encore un véritable plan, les bâtiments dessinés en deux dimensions évoquent les vues cavalières. Cependant, il est parfaitement à l'échelle, indiquée en perches d'Anjou : un centimètre représentant 33,83 m après conversion dans notre système métrique. La ville intra-muros est succinctement représentée par ses plus grands monuments : ce n'est pas la partie qui intéressait l'auteur.

Le plan en revanche est très précieux pour les faubourgs et la banlieue, pour la première fois cartographiée. L'importance des faubourgs Bressigny, Saint-Michel, Saint-Samson, Saint-Lazare, Saint-Jacques est très caractéristique d'une ville depuis longtemps développée hors des murs. Au-delà, un grand nombre de lieux-dits sont indiqués. Ils se retrouvent très précisément sur le premier cadastre de la ville, relevé en 1810 : par exemple la petite ferme du Lutin qui a donné son nom à une rue près de l'avenue Pasteur. La nature des cultures est dûment notée : terres labourables, vignes. Celles-ci sont nombreuses dans la banlieue immédiate d'Angers. Autre fait frappant : le grand nombre des moulins, dans tous les faubourgs, spécialement dans le quartier Saint-Lazare, au faubourg Saint-Michel ou à la Madeleine. Dernier détail, qui donne l'étymologie de la rue Pierre-Lise actuelle (près du boulevard Saint-Michel) : le lieu de "la grosse pierre". La pierre lis[s]e, au village de "Pierre Lize", n'était-ce pas un mégalithe ?