1942 - Projet pour la montée Saint-Maurice

Trésors d'archives

Exposition virtuelle de quelques belles pièces d'archives

Montée Saint-Maurice à Angers, projet d'aménagement par Regnault. Mars 1942.
Papier, dessin aquarellé, 84 x 119.
Arch. mun. Angers, 1 Fi 1539.

Les abords des cathédrales ont fasciné les urbanistes des XIXe et XXe siècles. De grandioses projets "d'accompagnement" sont nés de leurs façades, alors qu'elles étaient jusque-là enchâssées dans les constructions. A Angers, la cathédrale n'était pas plus dégagée vers la Maine que sur ses autres faces : sente étroite, tortueuse et escarpée, la montée Saint-Maurice tournait vite court. Butant sur le populeux quartier Ligny, elle rejoignait la rue Baudrière au niveau de la fontaine de Pied-Boulet. Un proverbe ne disait-il pas : fâcheux à monter comme la montée Saint-Maurice ? La Révolution s'y intéresse aussitôt, avant même de la baptiser ironiquement rue Ça-Ira. Le 18 juin 1791, l'apothicaire Joachim Proust présente au conseil municipal un mémoire dans lequel il lance l'idée d'un escalier monumental. Son projet n'a pas dans l'immédiat d'autre suite que l'achat par la ville de trois maisons pour élargir l'entrée de la montée qui devient, pour cent cinquante ans, un exercice idéal pour architectes et urbanistes.

Les alignements de 1845 élargissent la montée qui reste cependant biaise vers la rue Baudrière. En 1851, l'architecte Lecoy, propose un projet peu dispendieux, mais qui ne dégage pas plus que le premier la perspective vers la Maine. En revanche, son collègue Duvêtre imagine l'année suivante un grandiose escalier à plusieurs volées, descendant jusqu'au fleuve et terminé par une série de statues dessinées par David d'Angers. En 1853, la municipalité décide de rédiger un programme auquel devront se conformer les artistes appelés à produire un projet complet. L'affaire en reste là jusqu'à ce que le service de la voirie la reprenne pour assainir tout le quartier. Les propositions tournent au gigantesque : une percée de vingt-cinq mètres de large (projet de 1897), puis de quarante mètres (1909), reliant en droite ligne la cathédrale à l'église de la Trinité, la rue Beaurepaire redressée, le pont de Verdun déplacé, tout un côté de la rue Baudrière qui disparaît. Le conducteur des travaux Baron dessine un escalier monumental dans le genre de celui de Duvêtre, au pied duquel il place la vieille fontaine de Pied-Boulet. Son projet est repris en 1912 par l'entrepreneur Georges Yvon qui ajoute des volées de marches supplémentaires et une cascade digne de celle de Saint-Cloud…

Mais l'on est déjà passé à des vues plus réalistes. Le 30 décembre 1909, le conseil municipal se rallie à l'aménagement d'un escalier provisoire, réalisé en 1919 jusqu'à la fontaine de Pied-Boulet, sur le tracé existant. On revient en 1925 au projet d'une voie de vingt-cinq mètres, réduite à quatorze mètres dans sa partie basse. Toutefois, de projet en projet, rien ne s'exécute. En novembre 1941 est ouvert un concours d'idées pour l'aménagement de la montée, lié à celui du quartier Ligny. Toute personne s'intéressant aux questions d'urbanisme peut y prendre part. Onze concurrents rendent copie, mais aucun des projets ne satisfait entièrement la ville. Deux primes de 10 000 francs sont accordées aux urbanistes Abadie et Delacourt et à l'architecte J. Regnault, de Paris. Le projet de ce dernier s'efforce de mettre en valeur le pittoresque de la montée, en respectant autant que possible les constructions existantes, noyées dans la verdure. L'escalier s'épanouit au niveau de la fontaine de Pied-Boulet en un rond-point enchâssé dans un jardin. L'échappée sur la Maine ne se fait que par une étroite rue. Les immeubles du quai Ligny sont conservés, mais une coulée verte remplace par derrière les immeubles insalubres, reliant la montée au boulevard du Château.

En mai 1942, Mornet, architecte de la ville, est chargé de dresser un projet faisant la synthèse des meilleures idées du concours. Le sculpteur Maurice Legendre en établit une maquette, présentée au stand de l'urbanisme de la foire-exposition de 1946. Il n'est pas plus suivi que les autres. Finalement, la prudence s'impose à l'audace. Les derniers immeubles insalubres voisins de la rue Baudrière sont remplacés en 1957-1966. Le modeste escalier de 1919, parfaitement adapté au site, est poursuivi jusqu'au pied de la montée. Enfin, la démolition du quartier Ligny, achevée en 1979, ouvre la perspective tant désirée vers la Maine.