1858 - Exposition d''Angers

Trésors d'archives

Exposition virtuelle de quelques belles pièces d'archives

Sixième exposition agricole, industrielle et artistique d'Angers : plan d'ensemble des bâtiments et élévation du portique d'entrée. Souvenir offert par les entrepreneurs Raynaly et Trottier. Exemplaire de l'architecte-voyer de la ville, E. Boutrouë. 1858.
Lithographie, 70 x 54,5.
Arch. mun. Angers, 1 Fi 2377.

Depuis 1835, sur le modèle parisien des expositions des produits de l'industrie - une idée due au ministre de l'Intérieur François de Neufchâteau - Angers organise périodiquement des expositions dites agricoles, industrielles et artistiques, oeuvres de la Société industrielle créée en 1830. Les premières sont modestes et se tiennent dans les salles du rez-de-chaussée de la préfecture et dans la cour d'honneur. La sixième exposition quinquennale prend un éclat et une ampleur sans précédent.

 La principale salle de la préfecture n'étant pas disponible, le président de la Société industrielle, Guillory aîné, a d'abord l'idée d'installer la manifestation dans les salles de réception de l'hôtel de ville. Il se ravise peu après en demandant au maire l'attribution du Champ-de-Mars, autour de la nouvelle fontaine installée en 1855 (actuel jardin du Mail). L'idée fera fortune. Toutes les expositions auront désormais lieu à cet endroit. L'entrepreneur en menuiserie Raynaly s'engageait à construire à ses frais sur les plans de l'architecte Bibard une galerie couverte de 140 m de longueur, derrière la fontaine jaillissante, pour abriter les trois sections de l'exposition : agriculture, industrie et beaux-arts. De chaque côté, des enceintes de plein air sont réservées aux machines agricoles. L'horticulture formerait une partie séparée, à l'entrée, dans la première partie du jardin créé autour de la fontaine. L'entrepreneur demandait en contrepartie la perception des droits d'entrée. Dans le cas où les recettes seraient inférieures à 23 000 francs, la ville s'engagerait à compléter cette somme. Dans le cas contraire, le surplus serait partagé par moitié entre l'entrepreneur et la ville (bureau de bienfaisance). Guillory aîné souligne dans sa lettre que si dans des cités de 20 à 30 000 âmes comme Le Mans et Laval on a pu obtenir jusqu'à 15 000 F de recettes alors qu'on faisait l'essai du droit d'entrée dans les expositions de province, une ville de 50 000 âmes, quand ces droits sont acceptés par tout le monde, devra nécessairement faire une recette beaucoup plus considérable. Le conseil municipal accueille favorablement ces dispositions.

 Ouverte le 1er juin, prolongée avec entrée gratuite du 2 au 4 juillet, cette exposition de 1858, réalisée dans les conditions les plus favorables, visitée par 129 372 personnes, fut une des plus remarquables de France tant par le nombre et le mérite des produits que par les heureuses dispositions de l'emplacement (Mémoires d'Antoine Farran, maire d'Angers de 1837 à 1843). 1 034 exposants y participent, venant du grand Ouest (de l'Orne à la Gironde et de l'Ille-et-Vilaine à l'Indre-et-Loire) si bien que la superficie prévue a dû être portée de 16 000 à 17 500 m2 (les galeries couvertes de 4 000 à 4 500 m2). De ravissantes soirées musicales sont données dans le jardin. Les recettes de 55 432 francs sont bien supérieures aux prévisions, mais les dépenses sont également plus élevées par suite des additions successives au projet initial (49 280 francs). Après partage de l'excédent avec l'entrepreneur et déduction des médailles décernées, il ne reste à la ville que 1 545 50 francs, versés au bureau de bienfaisance.

 De toutes nos expositions, conclut en janvier 1859 Arthur de Cumont, membre du conseil municipal, aucune n'a surpassé et je dirais même égalé en éclat et en succès celle de 1858. Deux causes ont amené ce succès, d'abord la richesse et l'abondance des produits exposés, puis la création d'un jardin autour de la fontaine du Champ-de-Mars. C'est pourquoi les maires de Nantes et de Rennes demandèrent des renseignements sur son organisation. Quant au jardin de circonstance, c'est aujourd'hui le jardin du Mail, heureux acquis de l'exposition de 1858.