Août 1944. Angers est libérée

Chronique historique

par Sylvain Bertoldi, conservateur en chef des Archives d'Angers

Vivre à Angers n° 178, septembre 1994

Le 10 août 1944, en fin de journée, les Allemands se replient, le drapeau tricolore flotte sur la ville, Angers est libérée.

La caserne des pompiers, rue Jules-Dauban, après le bombardement de mai 1944. Arch. mun. Angers, 4 H 5/12.

Le 31 juillet 1944, la brillante percée du général Patton à Avranches décide du sort des villes de l'Ouest. Après la prise de Rennes, Patton désigne Angers comme objectif à sa 5e division d'infanterie. C'était en effet un important point stratégique, proche de la Loire et centre de l'administration militaire allemande du Sud-Ouest.

Début août, l'occupant est en désarroi. Ses services évacuent la ville. Il était temps, car les premiers éléments de la 5e division pénètrent en Anjou dans la nuit du 4 au 5 août par Pouancé et Segré. Le 7 août, l'avant-garde américaine campe à Saint-Jean-de-Lignières.

 

 

La prise du pont de Pruniers

Dès le 6, le lieutenant-colonel Eynaud du Faÿ, commandant l'ensemble de la résistance militaire de la région d'Angers, a dressé un plan de jonction des résistants avec les troupes américaines. Plusieurs jeunes angevins jouent un rôle décisif pour guider les Alliés et les renseigner sur les positions allemandes à Angers et autour de la ville. Parmi eux, Louis Bordier qui les conduit à Pruniers et leur montre, intact, le pont du Petit Anjou sur la Maine. Les Américains se décident donc à contourner la ville par le sud pour prendre à revers les forces allemandes. Au soir du 8 août, ils ont pris le pont sous leur contrôle et, le lendemain, franchissent la Maine.

Les Américains sur la route de La Meignanne. Coll. Courrier de l'Ouest.

Le bombardement massif d'Angers, envisagé pour anéantir la forte résistance prévisible sur la Maine, est évité. Le Courrier de l'Ouest des 23-24 septembre 1944 écrit :

"Beaucoup d'Angevins se sont demandé avec juste raison comment les Allemands, lors de l'attaque d'Angers par l'armée américaine, le 8 août dernier, n'avaient pu réussir à faire sauter le petit pont du chemin de fer de Pruniers, sur la Maine. La raison en est très simple : c'est que les Américains furent admirablement renseignés par un jeune Français, Louis Bordier, qui vint, le 8 août 1944, à 10 km à l'ouest d'Angers, se mettre à leur disposition".

Les Américains entrent à Angers rue Saint-Lazare. 10 août 1944. Arch. mun. Angers, 5 Fi 2471.

Nichés sur le territoire de la commune de Sainte-Gemmes, les Allemands ripostent avec vigueur. Fort heureusement, les Américains sont appuyés par leur artillerie postée sur les arrières de Pruniers qui bombarde observatoires et nids de résistance, sur les indications de Louis Bordier. La tour de la Baumette s'écroule vers midi. A la fin de la journée, la ligne de résistance allemande tient toujours. Pour n'être pas entièrement encerclés (et ne pas répéter l'erreur du pont de Pruniers), les Allemands font sauter le pont du chemin de fer de Segré, au nord de la ville. D'autres violents combats se déroulent sur la rive droite de la Maine, pour la prise de la Doutre, protégée par une tranchée anti-chars.

La dernière nuit

Pont provisoire sur le pont de Verdun, vu depuis la rue Beaurepaire. Coll. Y. Duplan.

La nuit du 9 au 10 août est particulièrement pénible pour les Angevins. Les Allemands poursuivent la lutte pendant une partie de la nuit sur la rive droite de la Maine. Une débauche de balles traçantes et incendiaires allume de nombreux incendies dans la campagne. Cependant, leur position devenant intenable depuis que les Américains ont franchi la Maine au sud d'Angers, ils se replient sur la rive gauche et vers quatre heures du matin font sauter les trois ponts sur la Maine. A l'aube du 10 août, la Doutre est pratiquement libérée, mais les Allemands battent encore la rive à l'aide de mitrailleuses lourdes et l'accès à la rive gauche de la Maine est toujours interdit. Au sud, les Américains s'emploient à déloger l'occupant retranché sur la voie ferrée, à la Baumette et au polygone du Génie. Enfin, vers 14 heures, des Américains et des FFI franchissent la Maine sur des barques face à l'usine électrique.

 

 

Drapeaux tricolores

Dans la cour de l'hôtel de ville, le 17 août 1944. Coll. Y. Duplan.

Vers 17 heures, les Allemands se replient dans l'affolement tandis que seule la mitrailleuse lourde qui défend l'accès du pont de la Basse-Chaîne tire encore pendant une heure. Un grand silence s'étend alors sur la ville. Les Américains de la Doutre traversent le pont de la Basse-Chaîne. D'autres arrivent par la gare et le sud. Vers 19 heures, les drapeaux commencent à apparaître aux fenêtres. Angers est libérée. Au même moment, Michel Debré (Jacquier dans la clandestinité) se présente à la préfecture et prend le pouvoir en tant que commissaire de la République. Les affiches préparées depuis le 8 août avec Michel Fourré-Cormeray et le Comité départemental de Libération sont placardées. Elles annoncent à tous la victoire, le rétablissement de la République et l'abrogation des lois de Vichy.

La liesse populaire éclate. Une grande foule se rassemble devant l'hôtel de ville où le drapeau tricolore est hissé. Victor Bernier, qui reprend ses fonctions de maire d'Angers après sa démission de mars 1944, et le commissaire de la République Michel Debré apparaissent au balcon sous les acclamations.

Grâce aux résistants angevins, les Américains ont gagné du temps sur le calendrier prévu pour la libération d'Angers. Les jours suivants, les troupes américaines continuent leur progression le long de la Loire. Mais ils ont reçu pour mission de ne pas la traverser. Il faut attendre l'ordre de repli général donné par Hitler le 29 août pour que le sud de l'Anjou soit libéré.

Visite du général de Gaulle à Angers le 14 janvier 1945. Remontée du boulevard du Maréchal-Foch, à la hauteur de la rue d'Alsace. Arch. mun. Angers, coll. Robert Brisset, 9 Fi 13 201.