R, S et W

Mise à jour : 17 janvier 2006

R

Rabault (René) (Angers 1910 - 1993), homme de théâtre, décorateur et écrivain. Il travaille d’abord dans l’atelier de décoration de son père. Enflammé par le théâtre, il fonde en 1939 la compagnie de théâtre chrétien le « Masque au genêt » qu’il conduit pendant vingt-six ans au succès, jusqu’en Allemagne. Sa mise en scène du Chemin de Croix de Claudel lui vaut les félicitations de l’auteur lui-même, en 1947 : « Vous avez pénétré dans ma pensée et votre jeu exprime plus loin que je n’ai écrit… ». Le festival d'Angers, devenu festival d'Anjou, débute avec René Rabault en 1950-1951, à la demande du préfet Jean Morin, avant d’être officiellement créé en 1952. En 1957, René Rabault crée un cours d’art dramatique à l’École de musique (futur Conservatoire de région). L’homme de théâtre s’efface vers 1970 devant l’écrivain et le conteur, amoureux passionné de l’Anjou. Les Angevins connaissent bien ses chroniques, romans et mémoires, tels que Croquis de Mémoire, Sons de cloche, Le roman de la Tour du Diable, Mémoires d’un Angevin de théâtre… Rédigée d’une plume alerte et délicate, son œuvre se dévore d’un trait.

 

René Rabault au salon d'honneur de l'hôtel de ville, lorsque la médaille d'honneur de la Ville lui fut remise, le 2 avril 1990. Cliché Patrice Campion, Ville d'Angers.

René Ier, dit le Bon roi René (Angers 1409 – Aix-en-Provence 1480), duc d'Anjou, de Lorraine et de Bar, comte de Provence, roi de Naples, de Sicile et de Jérusalem. Né au château d’Angers, il a peu résidé en Anjou. Ses ambitions politiques, reprises à ses prédécesseurs ducs, transparaissent dans ses armoiries complexes et sa titulature. Ses entreprises guerrières se soldent toutes par des échecs. Il eut plus de succès dans les arts et l’art de cour, car il savait organiser fêtes et tournois fastueux. Il crée d’ailleurs en 1448 son propre ordre de chevalerie, l’ordre du Croissant, placé sous le patronage de saint Maurice. Autour d’Angers, il mit à la mode les petites propriétés de campagne : Haute-Folie, Reculée, Chanzé près de la Baumette, couvent qu’il fonde en souvenir de la Sainte-Baume provençale. Écrivain, il nous a laissé plusieurs traités, dans la meilleure veine de la littérature courtoise (Le Livre du Cueur d’amour espris, 1457).

 

Le roi René par Thierry Bellange. XVIIe siècle. Carte postale d'après un dessin au crayon rehaussé de gouache et d'or. Arch. mun. Angers

Romain (Louis de) (Angers 1844 – Fribourg 1912), critique musical et compositeur. Après de nombreux voyages en Allemagne et en Suisse, il met à exécution ses idées sur la décentralisation artistique et fonde avec quelques amis (Alfred Michel et Jules Bordier) l’Association artistique des concerts populaires d’Angers, dont il est vice-président jusqu’en 1893, puis président à la renaissance de l’association, de 1898 à 1907. En 1880, il crée l’hebdomadaire musical Angers-Revue (1880-1887), pour servir de tribune à l’association. Angers-Artiste lui succède (1889-1910). Aussi incontournable pour la musique et les arts que le sera Maurice de Farcy pour les sports, Louis de Romain est aussi président (puis directeur) de la chorale Sainte-Cécile et vice-président de la Société des amis des arts.

 

Louis de Romain, vers 1910. Photographie, cliché Cauville. Arch. mun. Angers

S

Sallenave (Danielle) (Angers 1940), universitaire et romancière. Fille d’instituteurs, ses études la conduisent du lycée Joachim-du-Bellay au lycée Fénelon, puis à l’École normale supérieure de Sèvres. Agrégée de lettres, elle est nommée à l’université de Paris-X-Nanterre en 1968 où elle enseigne les différentes formes de la fiction. Prix Renaudot pour Les Portes de Gubbio  en 1980, elle a publié une quinzaine de romans et de récits qui traduisent sa réflexion littéraire sur la forme romanesque. En 1997, elle livre un plaidoyer contre la dérive de l’enseignement littéraire et pour la littérature « qui aide à former la liberté du jugement » et « ouvre l’esprit ». Membre du jury du prix Fémina. Son roman D’Amour (2002) évoque l’Angers d’après guerre. En 2004, Danièle Sallenave crée le Festival littéraire de Savennières, "Terres à vins, terres à livres". Après avoir reçu en 2005 le grand prix de littérature de l'Académie française pour l'ensemble de son œuvre, elle est élue à l'Académie au premier tour, le 7 avril 2011. En 2014 paraît son Dictionnaire amoureux de la Loire, où transparaissent ses liens avec la région.

Souzay (Gérard) (Angers 1918 - Antibes 2004), l'un des plus grands barytons français du XXe siècle, aussi bien pour le Lied germanique que pour la mélodie française. De son vrai nom Gérard Tisserant, il passe son enfance à Chinon, dans une famille mélomane. Son père, militaire de carrière, est violoncelliste amateur ; sa mère, soprano dramatique. Malgré un attrait pour la philosophie, qui lui restera toute sa vie, sa voix et ses aptitudes musicales l'orientent vers le conservatoire. À Paris, il étudie avec Pierre Bernac, grand interprète et ami de Poulenc et obtient le Prix d'excellence de chant. Il fait ses débuts professionnels en 1944 et donne le premier enregistrement de sa carrière qui comporte plus de 750 titres dans au moins 15 langues. Schubert, Schumann, Ravel, Fauré, Chausson, Duparc, Honegger, Poulenc surtout, sont parmi ses favoris.
Il a créé le "Canticum Sacrum" de Stravinsky sous la direction du compositeur. Sur scène, même s'il a moins cultivé l'opéra, ses grands rôles sont l'Orphée de Glück, l'Orfeo de Monteverdi, Don Juan de Mozart, plusieurs grands rôles de l'opéra wagnérien. Ses ressources vocales et techniques étaient immenses. La voix de ses débuts, d'un velours parfait, souple et féline, avec un vibrato discret et caressant dans les nuances "piano", était parfaitement "phonogénique" ; celle de sa maturité, plus lourde, mais il la préférait. Gérard Souzay a dispensé ses leçons au cours de nombreuses master classes dans le monde entier, notamment au Mannes College de New-York et à l'université de l'Indiana où il a enseigné jusqu'en 1985. En 2003, l'Académie Charles Cros lui a décerné un prix "In honorem" pour l'ensemble de sa carrière. Sous le label "Testament" ont été réédités ses premiers enregistrements et notamment la superbe anthologie "Lieder du monde entier".

W

Wresinski (Joseph) (Angers 1917 – Suresnes 1988), prêtre. Modèle d’abnégation, il a consacré sa vie à lutter pour les déshérités. Fils d’un émigré polonais et d’une espagnole, il connaît lui-même la misère pendant sa jeunesse. Sa mère est seule pour subvenir aux besoins du foyer. Il doit travailler comme apprenti pâtissier de 13 à 19 ans. Ordonné prêtre en 1946, il agit en prêtre ouvrier. Dix ans plus tard, il accepte d’être l’aumônier du camp des sans-logis de Noisy-le-Grand. Il s’engage alors totalement dans la lutte contre la misère. Avec le soutien de Geneviève de Gaulle, rescapée de Ravensbrück, il crée en 1957 le mouvement Aide à Toute Détresse, Quart Monde, aujourd’hui reconnu comme organisation internationale non gouvernementale, présent dans tous les organismes de l’ONU et de la CEE. En 1987, le père Wresinski remet au Conseil économique et social un rapport sur la « Grande pauvreté et la précarité économique et sociale ». Angers lui a rendu hommage en posant une plaque commémorative sur sa maison natale, 14 rue Saint-Jacques, le 11 février 2003.