C et D

Mise à jour : 28 juin 2018

C

Charron (Ferdinand, dit Fernand) (Angers 1866 – Maisons-Laffitte 1928, inhumé à Angers), célèbre coureur cycliste et inventeur. Il gagne ses premières courses cyclistes en 1882, le Grand prix d’Angers en 1886-1887 et trois des quatre championnats de France en 1891, sans compter le record du monde des cent kilomètres sur piste avec entraîneur. Les courses hippiques lui réussissent également : propriétaire d’une écurie de courses, il monte lui-même pour certaines épreuves et utilise sa casaque cerise à pois blancs de coureur cycliste, qui devient célèbre sur les hippodromes. C’est aussi le premier as français du volant. Il gagne en 1898 la première course internationale (Paris-Amsterdam-Paris) et la première coupe Gordon-Bennett en 1900. Pour couronner le tout, il se met à construire ses propres voitures à partir de 1901, au sein de plusieurs firmes successivement créées : Charron – Girardot – Voigt (CGV), Charron Ltd et Alda. Il révèle alors des trésors d’invention : première huit cylindres de l’histoire automobile en 1903, changement de vitesses automatique, invention du char de combat… (Jean-A. Gay, Sports et jeux d’exercice en Anjou, 1947 ; Jean-Luc Ribemon, La mémoire de l’automobile, 1895-1995, Berry-Poitou-Val de Loire, Tours, 1994, p. 155-160 ; Alain Gendrault, « Octave Mirbeau et Fernand Charron », dans Cahiers Octave Mirbeau, n° 2, 1995, p. 221-226).

Ferdinand Charron. S. d. Photographie. Arch. mun. Angers

Chevreul (Michel-Eugène) (Angers 1786 – Paris 1889), chimiste. Il s'intéresse à la chimie organique, aux acides gras, aux couleurs, découvre la première théorie exacte de la saponification et les bougies stéariques, invente le mot margarine. Directeur des teintures à la manufacture des Gobelins, il publie une théorie des couleurs et un cercle chromatique qui inspire les peintres impressionnistes. Il se flattait d'être « le seul être vivant qui ait causé avec une personne ayant adressé la parole à Louis XIV ». Angers lui dresse une statue le 3 décembre 1893, à l’entrée du jardin des Plantes.

Michel-Eugène Chevreul, d'après un dessin de P. Renouard. S. d. Imprimé. Arch. mun. Angers

Claudius-Petit (Eugène Petit, dit) (Angers 1907 - Paris 1989, inhumé à Firminy), ébéniste, puis professeur de dessin, homme politique. Il est membre fondateur du Conseil national de la Résistance, rejoint Londres en 1943, puis Alger où il est délégué à l’Assemblée constitutive (1943-1944). Après guerre, il fait partie de l’UDSR (Union démocratique et socialiste de la Résistance), dont il est l’un des fondateurs. Élu député de la Loire en 1946, ministre de la Reconstruction et de l'Urbanisme de 1948 à 1953, puis ministre du Travail en 1954, il lance les premiers plans nationaux d'aménagement du territoire. C’est à lui que l’on doit la construction de Belle-Beille. Il est à l’époque l’un des rares hommes politiques à se préoccuper de la crise du logement. Maire de Firminy (Loire) de 1953 à 1971, il fait appel à de talentueux urbanistes et architectes, comme Le Corbusier et applique plus en profondeur ses idées très novatrices sur la modernisation de l’habitat, réussissant à intégrer les nouveaux quartiers à la ville ancienne et à préserver la mixité sociale. Grâce à lui, Firminy est la ville d’Europe la plus riche en œuvres de Le Corbusier. Pour l’anecdote, c’est Claudius-Petit qui recommande un certain François Mitterrand à Paul Ramadier en 1947 pour le poste de ministre des Anciens Combattants.

Eugène Claudius-Petit. S. d. et s. a.

Cointreau (Édouard) (Angers 1849 - 1923), industriel habile, créateur de la célèbre liqueur cristalline parfumée à l'orange, le Triple Sec. Juge au tribunal de commerce, conseiller municipal, il s’est largement consacré à sa ville. Président de l’école de musique jusqu’à sa mort, de l’Harmonie angevine, du Syndicat des vins et spiritueux, responsable de la Société des Concerts populaires, de la Société Sainte-Cécile, il s’investit également dans les œuvres de la Croix-Rouge, soutient les sociétés de boule de fort, est élu conseiller municipal…

Édouard Cointreau. S. d. Photographie extraite de la revue Les Angevins de Paris. Arch. mun. Angers

Curnonsky (Maurice-Edmond Sailland, dit) (Angers 1872 - 1956), journaliste et écrivain, élu « prince des gastronomes » en 1927 par trois mille toques blanches à la suite d’un référendum organisé par Paris-Soir. Il est longtemps le « nègre » de Willy, premier mari de l’écrivain Colette. Lorsqu'il débute dans la littérature, il prend un pseudonyme : « Pourquoi pas ? » - en latin Cur non - et y ajoute sky, comme la mode est aux noms polonais. C’est lui qui a créé le bonhomme Bibendum pour Michelin (« le pneu qui boit l’obstacle »). Curnonsky inaugure la presse gastronomique (dans Comoedia), fonde Cuisine et Vins de France et remet en honneur les cuisines provinciales, mariant tourisme et gastronomie. La place Saint-Martin lui est dédiée à Angers deux mois après sa mort.

Portrait de Curnonsky, par Georges Villa, 1950. Pastel. Musée d'Angers, cliché Pierre David.

D

Daniderff (Léo) (Gaston-Ferdinand Niquet, dit) (Angers 1878 - Rosny-sous-Bois 1943), musicien, auteur-compositeur. Ancien élève de la maîtrise de la cathédrale, il fait à Angers, puis à Nantes, des études musicales approfondies. Organiste à l’église de la Trinité, accompagnateur dans une boîte de nuit rue Saint-Laud, il s’installe à Paris vers sa vingtième année et trouve le succès dans la chanson et au caf’conc’. Sur la Riviera connaît avant 1914 un succès formidable. Je cherche après Titine reste sa composition la plus fameuse.

Grand-mère gâteau, paroles de Gaston Couté, musique de Léo Daniderff. Partition. S. d. Photographie figurant sur le site gastoncoute.free.fr

Dauge (Louis) (Angers 1918), ambassadeur. Diplômé de l’École libre des sciences politiques, d’abord attaché d’ambassade en 1946, il gravit les différents échelons de la carrière. Nommé ambassadeur au Congo-Brazzaville en 1965, il représente ensuite la France au Cambodge (1968-1973), en Pologne (1973-1977), au Japon (1977-1979), près le Saint-Siège (1979-1983). Il est élevé à la dignité d’ambassadeur de France en 1983. Président (1984-1989), puis président honoraire de la Croix-Rouge française, vice-président de la Société d’histoire diplomatique (depuis 1997).

David d'Angers (Pierre-Jean David, dit) (Angers 1788 - Paris 1856), sculpteur. Son père Pierre-Louis, déjà sculpteur, excellait dans les fines boiseries délicates et inventives. Pierre-Jean suit les cours de dessin de Delusse, puis gagne Paris. En 1811, il remporte le prix de Rome avec « La mort d’Épaminondas ». Après cinq ans de séjour romain, il rentre à Paris. Les commandes affluent. Il devient bientôt le sculpteur des « grands hommes » et spécialement des écrivains romantiques. En 1830, il rencontre Goethe à Weimar et réalise son buste. Il a laissé un nombre d’œuvres considérable : 55 statues, 115 bustes, plus de 500 médaillons, mais aussi quantité de lettres. Ses convictions étaient profondément républicaines. Victor Hugo admirait son talent. Grâce à lui, la ville d’Angers ajouta une galerie à son musée, dès 1839.

 

Caricature de David d'Angers pour Le Charivari. S. d. Lithographie. Arch. mun. Angers

Davila (Charles) (Parme 1828-Bucarest 1884)
Six années à peine, de 1845 à 1851, de 17 à 23 ans, l’âge des choix de vie personnels, font-elles de lui un Angevin ?
Le docteur Charles Davila (1828-1884), bien connu en Roumanie comme initiateur et organisateur des services de santé civil et militaire et fondateur du premier orphelinat d’enfants de ce pays, a fait des études pharmaceutiques et médicales à Angers. En 1930, la Roumanie organisait de grandes fêtes pour célébrer son centenaire. Y assistait le professeur André Bocquel, directeur de l’Ecole de médecine d’Angers, représentant l’Université française. Les archives municipales d’Angers possèdent une belle médaille commémorative de ces célébrations.
Les origines familiales de Davila sont inconnues. On l’a dit « fils de Liszt » et de la comtesse d’Agoult, une hypothèse que des arguments sérieux permettent d’éliminer. Lui-même a gardé volontairement le secret, y compris avec ses enfants. On trouve sa trace au collège royal de Limoges, de 1842 à 1843, puis à Nantes chez le docteur Ange Guépin (1805-1873), qui le confie à son beau-père pharmacien, puis l’envoie en 1845 à Angers à Grégoire Bordillon (1803-1867). Davila poursuit à Angers sa formation pendant deux ans dans l’officine de Charles-Séréné Ollivier. Bachelier en 1847, il s’inscrit à l’Ecole de médecine d’Angers. Remarqué par ses connaissances et son dévouement, il y obtient divers emplois par concours jusqu’à celui d’interne dès 1848 à l’hôpital Saint-Jean. Il quitte Angers au printemps 1851 avec les regrets et des remerciements exceptionnels de la commission des hospices qui lui offre une trousse complète d’instruments de chirurgie dont il était très fier et qui l’a suivi en Roumanie.
Son séjour angevin est marqué par trois engagements civiques : sa contribution bénévole aux cours publics de physique et de chimie donnés par Trouessart, professeur du lycée ; son activité lors de l’épidémie de choléra de 1849 au cours de laquelle il met au point un dispositif de chauffage des lits des malades cholériques et une teinture anti-diarrhéique dite gouttes anticholériques Davila ; son dévouement pour le sauvetage (à la nage) des victimes de la catastrophe du pont de la Basse-Chaîne du 16 avril 1850 et les soins apportés aux nombreux blessés.
En 1851, il poursuit ses études de médecine à Paris, y soutient sa thèse en février 1853, « Prophylaxie de la syphilis », dans laquelle il décrit le protocole d’examen qu’il a pratiqué comme interne à Angers avec le docteur Guichard. Davila envisage les aspects sociaux de la question et préconise des consultations gratuites. Encouragé par ses professeurs angevins, il accepte un poste en Roumanie : « Vous vous ferez aimer partout où vous irez », lui écrit le docteur Jean-Pierre Guépin (1778-1858). Nommé médecin major de l’hôpital militaire de Bucarest, il prend ses fonctions le 22 avril 1853 en pleine épidémie de typhoïde et de rougeole. La plupart des médecins du pays étaient des étrangers, avec ou sans diplôme.
Mais la guerre de Crimée commence dès le 3 juillet 1853 avec l’invasion des principautés danubiennes par les russes. Malgré de graves soucis de santé personnels et des deuils familiaux, Davila s’emploie activement à développer et fonder des institutions pour former un corps de médecins valaques. En 1857, il obtient par décret de Napoléon III l’équivalence des études dans son Ecole nationale de médecine et de pharmacie avec les Ecoles préparatoires de médecine françaises autorisant les élèves roumains à soutenir un doctorat dans une faculté de médecine française.
Il transforme par étapes une école de petite chirurgie militaire qui, à son arrivée, formait des aides-chirurgiens, en faculté de médecine et de pharmacie de l’Université de Bucarest, de statut civil, érigée en 1870, augmentée d’une école vétérinaire, d’une école de sages-femmes et d’un institut d’hydrologie. L’hôpital militaire vétuste est remplacé par un nouvel hôpital achevé en 1869 avec un laboratoire, futur institut de chimie. Dès 1857, il accompagne la fondation de plusieurs sociétés scientifiques médicales et pharmaceutiques. En 1860, il fait rédiger une pharmacopée qui sera utilisée aussi dans les pays voisins et obtient la création du jardin botanique de Cotroceni. Il réglemente la profession de pharmacien.
En 1860, ému par la détresse des enfants trouvés, il crée par étapes avec son épouse l’asile Elena Doamna, proposé comme un modèle aux autres nations à l’Exposition universelle de Vienne en 1873. Cette même année 1860, envoyé au camp de Chalons pour y étudier l’organisation et le fonctionnement du service sanitaire, il revient en Anjou, puis retourne à Bucarest accompagné d’un condisciple angevin, Alphonse Lebiez. Il participe comme volontaire, en France, aux opérations sanitaires de la guerre franco-prussienne de 1870. En 1874, la Croix-Rouge roumaine est fondée à son initiative. Quand il meurt le 26 août 1884, la Roumanie reconnaissante lui organise des funérailles nationales. Ses anniversaires successifs continuent d’y être célébrés.
(Notice de Josette Fournier, professeur honoraire de chimie à l’université d’Angers)

Charles Davila, portrait extrait de l'ouvrage publié par : Générale Perticari-Davila, Le général Dr Carol Davila, sa vie et son œuvre d’après sa correspondance, Ateliers graphiques, Tipografia Cultura, Bucarest, 1930.
Médaille commémorative du centenaire de la naissance de Charles Davila, 1928. Archives municipales Angers, 2 Obj 174.

Delahaye (Jules) (Angers 1851 – Paris 1925), homme politique, archiviste-paléographe. Député d’Indre-et-Loire (1889-1893), de Maine-et-Loire (1907-1920), il soutient les idées monarchiques, le boulangisme et le nationalisme. Il joue un grand rôle dans le scandale de Panama, obtenant la nomination d’une commission d’enquête parlementaire.

Dutilleux (Henri) (Angers 1916 - Paris 2013), musicien, compositeur, né à Angers alors que ses parents y étaient réfugiés de guerre. Après avoir étudié le piano, l’harmonie et le contrepoint à Douai et à Paris, il reçoit le Grand Prix de Rome en 1938. Directeur des productions musicales de la Radio française (1945-1963), il est nommé professeur de composition à l’École normale de musique en 1961, puis au Conservatoire national supérieur de Paris (1970). Son œuvre, peu abondante, mais résultat d’un travail très profond et d’une grande indépendance de pensée, est « riche de résonance intérieure et de poésie » : sonate pour piano, deux symphonies, cinq pièces pour orchestre, concerto pour violoncelle. Métaboles, composée en 1964, a été choisie comme nom d’une rue d’Angers.