A et B

Dans le domaine des arts, des lettres, de l’économie, de la guerre, des techniques, de la politique…, voici un petit dictionnaire de quelques natifs d’Angers qui ont laissé leur nom à la postérité.

Mis à jour : 3 février 2006

A

Alanic (Mathilde) (Angers 1864 – 1948), femmes de lettres. Élève de Bergson à l’école supérieure des lettres d’Angers, elle publie plus de trente romans, tous destinés au public familial : Norbert Dys (1899), Ma cousine Nicolle (1901), La Gloire de Fonteclaire (1907), La Petite Miette (1911), Les Roses refleurissentLe Sachet de lavande (1924). Ses romans s’inspirent souvent avec bonheur du terroir angevin. Dans Espérances, elle déguise Angers sous le nom de Brie-sur-Loire. Elle a reçu le prix Sobrier-Arnould décerné par l’Académie française à des ouvrages moralisateurs et de belle tenue littéraire.

Mathilde Alanic en 1911. Photographie, cliché Cauville. Arch. mun. Angers

Allain-Targé (François) (Angers 1832 - château de Targé, Parnay, 1902), avocat, magistrat, préfet de Maine-et-Loire en 1870, puis de la Gironde. Républicain convaincu, ami de Gambetta, il est ministre des Finances de son gouvernement (14 novembre 1881 - 29 janvier 1882), puis ministre de l'Intérieur dans le cabinet Brisson (6 avril 1885 - 6 janvier 1886). Sa fille aînée épouse Charles Ferry, frères de Jules.

Arch. dép. Maine-et-Loire, coll. iconographique Célestin Port.

Appert (Eugène) (Angers 1814 – Cannes 1867), artiste peintre. Sa carrière est parisienne. Élève d’Ingres, il expose au Salon presque chaque année entre 1837 et 1865. Dès 1838, il fait don de sa Bacchante au musée d’Angers. Les commandes officielles affluent : fresques de la chapelle de l’hôpital d’Angers, décors peints aux Tuileries et au Louvre. Il a traité sujets historiques, fleurs et natures mortes, cherchant son inspiration chez les peintres vénitiens Titien et Véronèse. Il reçoit la Légion d’honneur en 1859. Théophile Gauthier appréciait ses natures « immobiles ».

La Bacchante ivre, par Eugène Appert, 1838. Huile sur toile. Musées d'Angers, cliché Pierre David.

B

Bazin (André) (Angers 1918 - Nogent-sur-Marne 1958), enseignant, critique de cinéma, fondateur avec Jacques Doniol-Valcroze des "Cahiers du cinéma" en 1952. Il a influencé les cinéastes Truffaut, Godard, Resnais, Chabrol qui ont formé la Nouvelle Vague. On lui doit quatre volumes intitulés : "Qu’est-ce que le cinéma ?"

 

Bazin (Ernest) (Angers 1826 – 1898), ingénieur, capitaine au long cours et inventeur. Oncle de l'écrivain René Bazin. Il s'intéressa particulièrement au monde marin. Son génie était fertile : lochomètre pour mesurer la vitesse des bateaux, foreuse circulaire qui servit (après quelques adaptations) au percement du Mont-Cenis,avertisseur électrique adopté par la Compagnie des chemins de fers du Nord, monte-charge, lampe de sûreté des mineurs, perfectionnement de l’éclairage électrique des carrières d'ardoise, amélioration de la cloche à plongeur, lampe électrique pour l’exploitation du fond des mers, bateau rouleur…Malheureusement ce dernier lui coûta beaucoup et fut un échec.

Ernest Bazin. Arch. mun. Angers, cliché extrait de l'Année scientifique et industrielle, 1898, p. 362.
Bateau rouleur d'Ernest Bazin. Le Magasin pittoresque.

Bazin (Jean-Pierre Hervé-Bazin, dit Hervé) (Angers 1911 - 1996), écrivain, membre – président à partir de 1973 - de l’Académie Goncourt où il succède à Francis Carco, petit-neveu de René Bazin, auteur à succès dès Vipère au poing en 1948. Quatre millions d’exemplaires de son premier roman ont été vendus en livre de poche depuis quarante ans, le plus fort tirage de la collection après Le Grand Meaulnes. Avec Hervé Bazin, on est loin de la « douceur angevine ». « Il est le violent Anjou à lui seul ». « L’esprit de famille, centre de son œuvre, prend dans le paysage tout en bocages des teintes franchement sans douceur !» (Armand Lanoux, Le Voyageur de la Loire).

Hervé Bazin, reçu par la Ville d'Angers à l'occasion de la célébration de son jubilé, trente ans d'écrivain, vingt ans d'Académie Goncourt. 4 novembre 1978. Cliché Ville d'Angers.

Bazin (René) (Angers 1853 – Paris 1932), professeur de droit à l’université catholique de l’Ouest d’Angers, écrivain, membre de l'Académie française. Ses chefs-d'oeuvre, "La Terre qui meurt" (1899), "Les Oberlé" (1901)… ont obtenu des succès considérables. Ses romans évoquent avec sensibilité la campagne angevine et magnifient les traditions. Après sa mort, son œuvre, jugée trop moralisatrice et noyée dans les bons sentiments, tombe dans l’oubli. Une récente journée d’étude à l’université catholique de l’Ouest (25 mars 2000), intitulée « Lire aujourd’hui René Bazin », l’a remise en lumière.

René Bazin. S.d. Photographie. Arch. dép. Maine-et-Loire, coll. iconographique Célestin Port.

Béclard (Pierre-Augustin) (Angers 1785 - Paris 1825), chirurgien, anatomiste, inventeur de plusieurs procédés opératoires : méthode nouvelle pour guérir la fistule du canal de Stenon, procédés d'amputation partielle du pied... Ses cours à la Faculté de Médecine de Paris connaissent un succès aussi remarquable que ceux de son précédesseur Bichat. Ses deux ouvrages principaux sont publiés en 1821 et 1823 : "Additions à l'anatomie générale de Bichat", "Éléments d'anatomie générale ou Description de tous les genres d'organes qui composent le corps humain".

Béclard, par Ambroise Tardieu, d'après Boilly. 1840. Gravure. Arch. mun. Angers

Bodin (Jean) (Angers 1529 – Laon 1596), juriste et philosophe, avocat au parlement de Paris, secrétaire des commandements du duc François d’Alençon, procureur du roi au bailliage de Laon. Son plus important ouvrage, "La République" (1576), où il développe les principes de la monarchie tempérée par les états généraux, en fait le précurseur de Montesquieu. Mais son œuvre est multiple, comme l’étaient ses curiosités, emblématiques des esprits humanistes de la Renaissance : le droit, l’éducation de la jeunesse, le problème des prix, la démonologie, les phénomènes de la nature… : rien ne lui était étranger.

Portrait extrait des Illustres d'Anjou. XVIe siècle. Gravure. Arch. mun. Angers

Bodinier (Guillaume) (Angers 1795 – 1872), peintre, élève de Guérin, alors directeur de l'Académie de France à Rome. Il séjourne en Italie pendant de longues années. Il est surtout connu pour son tableau l'Angélus dans la Campagne de Rome (1836). En 1861, il fait don à la ville d’Angers de l’hôtel Pincé, pour qu’y soient installées les collections du comte Turpin de Crissé léguées deux ans auparavant.

Portrait de Guillaume Bodinier, par Hippolyte-Jean Flandrin, 1833. Mine de plomb. Musées d'Angers, cliché Pierre David.

Boivin (ou Boyvin) (René) (Angers vers 1525 – Rome ? vers 1630), graveur et orfèvre hors pair. Installé à Paris après son apprentissage à Angers, il reproduit l’œuvre des artistes italiens qui travaillaient pour le château de Fontainebleau. De très belles suites de gravures sont sorties de son atelier, des modèles d’orfèvrerie et de bijoux, des portraits. Il contribue à développer la gravure sur cuivre en France et à diffuser le style Renaissance. Bruneau de Tartifume signale qu'il vit encore en 1626, âgé de plus de cent ans (Philandinopolis). Il meurt probablement à Rome vers 1630.

Pied d'acanthe, par René Boyvin. 1575. Extrait du Traité d'architecture de Julien Mauclerc. Gravure. Arch. mun. Angers

Bordier (Jules-Auguste) (Angers 1846 - 1896), d'une famille de banquiers, pianiste, compositeur et critique musical, l'un des fondateurs en 1877, de l'Association artistique des concerts populaires dont l'orchestre, parfois dirigé par Gounod, aint-Saëns, Massenet..., a donné en première audition un certain nombre d'oeuvres symphoniques françaises et étrangères. Sa bibliothèque musicale était l'une des plus riches collections particulières de France. Il préside l'Association artistique de 1877 jusqu'à sa dissolution temporaire en 1893. Il a composé des oeuvres qui ont été données à Paris, Marseille, Lille, Nantes, Le Havre, Bruxelles, Anvers, Liège, Genève. Ainsi "Nadia", opéra en un acte.

Jules Bordier, portrait-charge par D. Van Erp. 1888. Arch. mun. Angers

Boré (Eugène) (Angers 1812 – Paris 1878), grand voyageur, professeur de langues orientales. Membre de la Société asiatique de Paris, il est quelque temps professeur d’arménien au Collège de France, puis voyage à Venise, en Arménie et au Moyen-Orient. Il sert pendant plusieurs années la diplomatie française en Arménie et à Constantinople. Ordonné prêtre, il dirige le collège de Bebek à Constantinople. De retour à Paris, il est nommé secrétaire général de la congrégation des Lazaristes (1866), puis supérieur général de la congrégation (1874), ainsi que de celle des Filles de la Charité. Il a laissé de nombreuses études sur l’Orient.
Son frère Léon (Angers 1806 – 1883) séjourne plusieurs années en Allemagne avant d’être nommé professeur d’histoire au collège de Juilly, puis au lycée d’Angers. Inspecteur d’Académie après 1848, à Lyon, Marseille et Besançon, il est ensuite professeur de littérature étrangère à l’université de Dijon et enfin à l’université catholique d’Angers.

Eugène Boré. S. d. Extrait de la revue Les Angevins de Paris. Arch. mun. Angers

Bourdigné (Jean de) (Angers ? vers 1480 – Angers 1547), premier historien de l’Anjou. Son "Hystoire agrégative des Annalles et cronicques d’Anjou", publiée à Angers en 1529, recèle maints précieux détails, surtout pour la période qu’il décrit en tant que témoin oculaire. Pourvu d’une prébende au chapitre de Saint-Laud en 1511, il termine sa vie comme chanoine de la cathédrale et représentant principal dans les affaires du chapitre.
Son frère Charles faisait partie d’un petit groupe d’écrivains et de poètes, qui se réunissait autour de Clément Janequin. Il nous a laissé La Légende joyeuse de maistre Pierre Faifeu, l’une des sources qui inspira Rabelais pour son Gargantua.

Hystoire agrégative des annales et cronicques d'Anjou, par Jean de Bourdigné, 1529. Page de titre. Arch. dép. Maine-et-Loire. Cliché Eric Jabol.

Bouteiller (Pierre) (Angers 1934 - Paris 2017), journaliste et producteur de radio. Vainqueur de la Coupe des reporters d’Europe 1 en 1958, une carrière bien remplie le conduit d’Europe 1 (1958-1969) à France Inter (1969-1981), puis à TF1 où il est responsable des émissions de variétés. De retour à France Inter en 1988, il en est nommé directeur en 1989, puis écarté en 1996. De janvier 1999 à mai 2004, il est placé à la tête de France Musique, qu’il transforme en France Musiques, avec un s, pour manifester l’esprit « pluriel » de la radio de service public, ouverte à toutes les formes d’expression musicale. Sa principale émission est restée emblématique : Le Magazine de Pierre Bouteiller sur France Inter (1969-1981), à l’esprit caustique et impertinent.

Pierre Bouteiller. Cliché Radio France/Christophe Abramowitz.