Histoire des Archives

Les Archives municipales sont contemporaines de la création du conseil de ville par Louis XI en 1475 et, pour certains documents financiers, remontent à Louis Ier, duc d'Anjou. Le service comprend trois sections : archives, documentation et photothèque. Il offre au public un patrimoine de 6 km linéaires de documents, une bibliothèque de 7 000 volumes et 800 000 photographies.

LES ARCHIVES D'ANGERS : SEPT SIÈCLES DE MÉMOIRE

par Sylvain Bertoldi, conservateur en chef des Archives d'Angers

Mise à jour : 8 février 2008

En février 1475, Louis XI accorde à Angers le droit de se gouverner librement en créant la mairie. Le clerc (greffier) est aussi "garde des archives", placées dans un grand coffre à triple serrure. Lors de l'installation du maire, on remet au greffier "une bourse de velours rouge aux armes de la ville dans laquelle sont les sceaux et clés des archives".

Premiers inventaires

En 1521, puis 1533, deux inventaires sont réalisés et les archives sont déposées dans la chambre même du conseil municipal. De ce second inventaire de 1533, nous conservons un fragment de vingt-deux feuillets. Au cours des deux siècles suivants, les documents subissent déménagements et désorganisations successives, malgré plusieurs tentatives de protection et d'inventaire. À cette époque, les archives sont déjà utilisées à des fins historiques, mais leur consultation ne se fait pas à l'hôtel de ville ! En 1689, l'historien Pétrineau des Noulis emporte chez lui un grand nombre de registres de délibérations pour travailler à son histoire de l'Anjou et il faut une demande solennelle du maire pour qu'il les rende... en 1699.

De 1773 à 1786, un archiviste contractuel, Fombeure, est chargé de remettre de l'ordre et rédige un inventaire monumental. Il ne paraît pas que la Révolution ait causé trop de dommages aux archives, si ce n'est des pertes dues à certains pillages.

Mauvais déménagement

En revanche, le transfert des archives dans la nouvelle mairie en 1825 est un désastre. "On s'est contenté, pour diminuer le poids des meubles, d'en extraire les liasses, cartons et tiroirs sans faire aucune remarque, de vider ces mêmes tiroirs et de jeter pêle-mêle les cartons sans les attacher, en sorte que le poids de toute la masse de papiers les ayant fait crever, ce qu'ils contenaient a été éparpillé et confondu... À ce mal est venu s'en joindre un beaucoup plus grand, la masse de papiers [...] a été placée pêle-mêle dans deux chambres au rez-de-chaussée de la nouvelle mairie, chambres très humides où faute de classement pendant un grand nombre d'années, les papiers et registres ont été exposés à une destruction totale" pour une partie "jetée" dans l'embrasure d'une fenêtre...

Cette perte a spécialement affecté le grand cartulaire de la ville dont il ne reste plus que 15 des 151 volumes. Fort heureusement, l'index général manuscrit de Fombeure en onze volumes (le "cartulaire analisé") a été préservé. Il répertorie succinctement chacun des documents perdus.

Pour la remise en ordre, on fait appel à un archiviste contractuel, Jacques-Gabriel Foucqué, qui fut pendant vingt-trois ans archiviste du département d'Indre-et-Loire. Après l'aménagement définitif de l'hôtel de ville, les archives sont installées vers 1855 dans une salle sous les combles et y resteront jusqu'en 1980.

Célestin Port et Louis Aubert à l'oeuvre

Après la circulaire ministérielle donnant le cadre de classement des archives communales anciennes, en 1857, c'est l'archiviste du département, Célestin Port, qui publie l'inventaire de ces archives, après un travail de bénédictin de 1858 à 1861. Les archives retombent dans l'oubli jusqu'à ce qu'un service soit créé par le maire Jules Guitton, le 2 février 1881, et confié à un de ses amis, Louis Aubert, notaire honoraire. Ce dernier abat de la bonne besogne. C'est un précurseur qui organise un véritable service, projette un règlement général sur les versements et les communications d'archives, institue un bordereau sommaire de descriptions des pièces. Malheureusement, une altercation avec le premier adjoint de la municipalité suivante, dirigée par Alexis Maillé, le conduit à donner sa démission en juillet 1885.

Retour à la case départ

Divers employés sans formation spécifique se succèdent rapidement et la situation se dégrade de nouveau. Les archives s'amoncèlent au grenier à tel point qu'elles menacent de s'effondrer dans le cabinet du maire. On en déménage donc une partie dans un grenier où elles sont entassées à même le sol dans le plus grand désordre, tandis que les archives anciennes classées par Célestin Port sont transférées à la bibliothèque municipale en 1916. Elles y resteront jusqu'en 1980.

Jacques Levron, nouvel archiviste départemental, prescrit en 1932 la nomination d'un archiviste professionnel et pose sa candidature à ce poste. Nommé en février 1933, il doit consacrer aux archives municipales trois matinées par semaine. Un rédacteur à mi-temps l'aide théoriquement, mais la théorie l'emporte vite sur la réalité. Une fois de plus, classements et inventaires ne voient pas le jour et les archives retombent dans l'oubli. On apprend incidemment en 1947 qu'elles sont fermées. Il n'y a plus ni titulaire, ni employé.

Retour à la case départ, nouveaux rapports du nouvel archiviste départemental, Robert Favreau. Un projet de déménagement des archives dans la chapelle des Ursules est établi. Il ne voit pas le jour, mais le maire, Jean Turc, reconstitue en 1966 son service d'archives en recrutant un historien angevin, André Sarazin, et en lui adjoignant un employé. C'est seulement en 1980 que les archives quittent enfin leur grenier..., mais pour un sous-sol du nouvel hôtel de ville, quoiqu'en partie de plain-pied sur la rue des Ursules.

Développement

Depuis la situation du service a considérablement évolué, grâce à l'action du maire Jean Monnier. En 1981, les archives municipales sont transformées en service de première catégorie. Un archiviste-paléographe est recruté en 1984. La documentation, située dans les mêmes locaux depuis 1980, mais dirigée séparément, est regroupée avec les archives à partir du 1er août 1984 pour former le service Archives-Documentation relevant du secrétariat général adjoint.

Une grande campagne de versements est entreprise auprès des services et leur traitement est informatisé à partir de 1988. Les séries iconographiques sont ouvertes en 1989. Encore embryonnaires, elles reçoivent leur véritable acte de fondation en 1990 à l'occasion du don de la collection de Robert Brisset par son épouse : 16 000 clichés et cartes postales sur Angers. Une photothèque municipale est créée au sein du service Archives-Documentation en octobre 1996. Le transfert des collections des services Information et Relations publiques la dote immédiatement d'un fonds de quelque 280 000 clichés, en plus des 21 000 documents précédemment réunis aux archives. Depuis 1998, le logiciel Westphoto est opérationnel à la Photothèque. Ce secteur est également responsable de la production d'une revue de presse quotidienne, activité également transférée du service Information. En 1999, une série Obj. est ouverte pour recueillir les nombreux objets de circonstance édités par la ville (insignes, médailles, objets de communication...) et ceux de la vie angevine (objets publicitaires par exemple) directement liés aux fonds d'archives. En 2002, le service se réinformatise avec les deux logiciels spécialisés, Arkhéia (pour les archives) et Cadic (Ex-Libris) (documentation). En septembre 2011, la Photothèque se réinformatise avec ce même logiciel Cadic, qui propose un module pour la gestion iconographique. La revue de presse est externalisée au 1er septembre 2006 auprès de la société nantaise Explore, avec le lancement du panorama de presse électronique, mutualisé avec Angers Loire Métropole.

Pour faire connaître les richesses du patrimoine de la ville au plus large public possible, des publications sont entreprises, une chronique historique régulière dans le mensuel Vivre à Angers (vous pouvez retrouver ces chroniques sur le site internet, au chapitre "Découvrir/Histoire d'Angers"), des cours de paléographie, des conférences et des expositions. L'exposition Trésor d'Archives, présentée "à quatre voix" avec les archives municipales de Brest, Nantes et Rennes, a attiré 60 000 visiteurs.
Trois autres expositions ont également recueilli particulièrement la faveur du public : "Au bonheur des Angevins. Les commerces d'Angers dans l'histoire" (en 2004, 22 100 visiteurs en trois mois) ; "Marques de fabrique, fabriques de marque : productions industrielles angevines de 1830 à nos jours" (en 2007, 10 714 visiteurs en deux mois) et "Jean-Adrien Mercier : les couleurs du rêve. Autour de la donation Sylvie Mercier" (en 2010, 13 204 visiteurs en trois mois).

Faire connaître le patrimoine écrit angevin, c'est aussi le but que s'est proposé l'Association des Amis des Archives d'Anjou (les "4 A"), dont les archives municipales et les archives départementales sont à l'origine. Elle associe depuis 1996 tous les partenaires institutionnels et amateurs intéressés par l'histoire et le patrimoine de l'Anjou et publie une revue annuelle d'articles inédits, Archives d'Anjou, dont le premier numéro est paru en décembre 1997.

Depuis 2007, les fonds d'archives - publics et privés - se sont considérablement enrichis : groupe Lemaire, entreprise pionnière en agriculture biologique (1940-années 1980) ; centre d'animation Jean-Vilar ; opérations de construction menées par la Société d'aménagement de la région d'Angers (SARA) ; Association Angers Musées Vivants (1979-1999) ; Parcs et jardins (1960-2000) ; Association syndicale des propriétaires de l'île Saint-Aubin (1825-2012) ; Fanfare du IVe arrondissement (1891-1991) ; Association Présence de l'art contemporain Angers (PACA) (1985-2013) ; Centre nautique du lac de Maine (1978-2011) ; partenariat Angers-Bamako (1972-2006) ; opérations d'urbanisme et de renouvellement urbain (1969-2014) ; Université angevine du temps libre (UATL) (1974-2013) ; Compagnie Jo Bithume (spectacles de rue) (1982-2014) ; archives de Christine Brisset, fondatrice des Castors angevins en 1950...

Malgré son important développement, le service Archives-Documentation-Photothèque n'a pu quitter l'hôtel de ville pour des locaux plus fonctionnels. Pour faire face à l'accroissement des fonds, plusieurs annexes ont été successivement ouvertes, jusqu'à compter, depuis 2008, cinq adresses dans la ville (avec l'hôtel de ville).