Le premier feu rouge

Chronique historique

par Sylvain Bertoldi, conservateur en chef des Archives d'Angers

Vivre à Angers n° 367, octobre 2012

« Ah ! Que cette circulation des automobiles, motos, cyclomoteurs, devient infernale, même dans une petite ville comme Angers », écrit le 9 décembre 1952 « Philinte » dans Le Courrier de l’Ouest. Déjà en 1922, on signalait que la circulation devenait de plus en plus difficile. Comment y mettre un peu d’ordre… et de sécurité ? À la suite d’une campagne menée dans le journal L’Ouest, un feu rouge clignotant est placé le 2 février 1933 à l’entrée de la rue du Haras, pour indiquer le sens interdit, suivant le modèle en application dans les principales villes de France. Cela ne réglait pas la circulation aux carrefours. Des agents de police sont donc postés aux intersections les plus fréquentées. Mais pourquoi ne pas adopter la signalisation électrique, souffle un journaliste du Courrier de l’Ouest en 1948 ? Comme à Paris, où le premier feu de signalisation est posé le 5 mai 1923, un feu rouge seulement à l’époque. Le premier feu tricolore n’apparaît qu’en 1933.

Affiche règlementant la circulation à Angers. Apparition des premiers sens interdits. Archives municipales d'Angers, 6 Fi 322.

Surprise, début janvier 1953, au carrefour du Haras : des ouvriers de la Société industrielle de liaisons électriques (SILEC) posent des feux de signalisation ! Les premiers de la ville… Les Angevins connaissent peu ce nouvel élément du Code de la route, alors que les grandes villes l’ont déjà adopté depuis quelques années. Le journaliste du Courrier de l’Ouest rappelle donc leur fonctionnement le 9 janvier : « Le jaune clignotant demande la prudence ; le jaune fixe et le rouge : arrêt ; le vert, passage libre ».

Installation d’un feu rouge, au carrefour des rues Talot, des Lices et du boulevard du Roi-René. Cliché Le Courrier de l’Ouest, 24 février 1954.

Deux autres carrefours sont équipés en 1954 : boulevard du Roi-René/rue des Lices, carrefour Saint-Aubin/Bressigny. On se plaint qu’en pleine lumière solaire, ils soient peu visibles, contrairement à ceux du Mans. La SILEC y remédie. La presse ne manque pas de signaler toute pose de nouveaux feux. En janvier 1956, un journaliste du Courrier de l’Ouest s’étonne du peu de signalisation lumineuse aux carrefours, par rapport à la ville de Cholet qui en a disposé treize à ses intersections. « Comment une ville au budget déjà important hésite-t-elle à doter certains endroits d’une installation automatique s’avérant absolument indispensable ? » De fait, les feux tricolores prévus en janvier 1953 au carrefour Rameau ne sont installés que le 17 mai 1956. Cette année-là, sept nouveaux groupes de feux tricolores sont installés. D’autres carrefours ne reçoivent que des feux clignotants simples, comme Hanneloup/Desjardins, Michelet/Volney, Strasbourg/Létanduère…

Feu à l'angle de la rue du Quinconce et du boulevard Bessonneau (actuel bd de la Résistance-et-de-la-Déportation), vers 1972. Archives municipales d'Angers, Photothèque, 36 Fi - Fonds BIVA.

En 1958, la Ville envisage pour la première fois de faire l’essai d’une signalisation par feux tricolores à la sortie d’un groupe scolaire, avenue Pasteur. Peu à peu, les feux de signalisation s’installent dans le paysage urbain, réglant une circulation jusqu’alors plus ou moins fantaisiste. Le carrefour de la statue du roi René en est pourvu début janvier 1964. Les automobilistes respectent-ils pour autant toujours les feux, en particulier l’orange ? Les progrès techniques finissent par fournir la parade : le premier radar de feu rouge, au carrefour des rues Jean-Jaurès et Saint-Léonard, entre en service le 12 avril 2010.