La première exposition de fleurs

Chronique historique

par Sylvain Bertoldi, conservateur en chef des Archives d'Angers

Vivre à Angers n° 347, novembre 2010

« En provoquant une exposition horticulturale, la Société d’agriculture, sciences et arts d’Angers était loin de s’attendre au résultat brillant de cette exposition, non prévue, comme improvisée, après quelques jours seulement de préparation… » (Journal de Maine-et-Loire, 10 juin 1831).


L’horticulture était une activité récente, comme le mot, forgé par la Société d’horticulture de Paris en 1827. Pour replanter son grand mail, au début du XVIIIe siècle, Angers s’adresse aux pépinières d’Orléans. En 1796 en revanche, l’Angevin Leroy, « citoyen jardinier » au Grand-Jardin (entre les actuelles rues Pasteur, des Banchais et Larévellière), fournit tous les arbres de la nouvelle plantation. Par Nantes et la Loire, les nouvelles plantes exotiques rapportées des expéditions maritimes arrivent en Anjou : magnolia, camélia, tulipier de Virginie… Les pépinières et cultures de fleurs prennent leur essor dans les années 1800-1830, grâce aux Leroy, Rousseau, Cachet, Lebreton, Letemplier, Flon… et aux jardiniers amateurs. Le renouveau des châteaux angevins au XIXe siècle donne à ces cultures nouvelles une grande extension.

 

C’est alors, grâce à la renaissance des sociétés savantes - la Société d’agriculture, sciences et arts est reconstituée en 1828 et la Société industrielle créée en 1830 - que se développent les premières expositions florales en 1831-1833. À l’issue de la première exposition des 3-5 juin 1831, la Société d’agriculture décerne six prix. Le prix de la plus belle plante de l’exposition est attribué à un Liparia sphoerica de Cachet. Cette plante était originaire du Cap. La première illustration en parut dans le Botanical Magazine de 1809. Les trois prix de « bonne culture » sont donnés à Leroy du Grand-Jardin pour une espèce d’immortelle ; à Joseph Potard, jardinier de Mme de Dieusie à la Romanerie, pour un Fuschia arborescens et au fleuriste Rousseau, pour un géranium à grandes fleurs.

On retrouve MM. Cachet et Leroy comme lauréats pour les deux prix consacrés aux « objets nouvellement introduits dans les cultures angevines » : le premier notamment pour ses Epacris obtusifolia - originaires d’Australie - ses Lupinus poliphyllus - lupins des jardins - et ses Protea abietina - plantes originaires d’Afrique du Sud, de la région du Cap, baptisée par Linné en 1771 du nom du dieu grec Protée qui pouvait changer de forme à volonté, car ce genre montre une surprenante variation de formes et de couleurs suivant l’espèce.

Une mention spéciale est enfin attribuée à Lebreton aîné pour un Thuya occidentalis nana, à Félix Guérin pour une rose Thé violet, à Bidault pour une pivoine blanche et à Maurier pour une nouvelle variété de géranium à fleur blanche.

 

Chapelle Saint-Samson, au jardin des Plantes, octobre 2009. Cliché Sylvain Bertoldi. Au premier plan, une collection d'alstroemérias (lis des Incas). Dans cet espace de démonstration, relancé depuis l'été 2010 avec l'aide de producteurs et de collectionneurs passionnés, le service des Parcs et Jardins présentera deux nouvelles collections végétales par an, l'une pour l'été, l'autre pour l'hiver et le printemps. En 2011, on y admirera une collection de tulipes botaniques (XVIe-XIXe siècles), puis de persicaires.

Après une interruption, l’année 1838 est faste : création d’un jardin fruitier (actuel jardin du musée des Beaux-Arts) où les deux sociétés réunies présentent en juin une remarquable exposition horticole ; fondation par la Société d’agriculture du Comice horticole en septembre, ébauche de la future Société d’horticulture.

En 1839, la Société industrielle propose sa propre exposition au jardin des Plantes, chapelle Saint-Samson. Alexandre Boreau, directeur du jardin, décrit dans son rapport « l’aspect enchanteur que présentait l’intérieur de l’ancienne chapelle de Saint-Samson, appropriée à cette nouvelle destination. Depuis huit siècles que ce monument existe, jamais peut-être il n’avait été orné d’une manière aussi brillante et aussi gracieuse. Ces camélias, au nombre de plus de cent-vingt, dont la verdure brillante et les fleurs variées de toutes les nuances, depuis le blanc pur jusqu’au rouge le plus intense, se détachaient admirablement sur la blancheur des murailles […]. Pendant les trois jours qu’a duré cette exposition, une affluence considérable n’a pas cessé de se porter au jardin de botanique […] » (Bulletin de la Société industrielle d’Angers, 1839, n° 2, p. 175-187).

Les progrès de la « science horticulturale » sont tellement importants que des expositions florales spécialisées peuvent voir le jour en 1842 au jardin fruitier : de roses en mai-juin, de dahlias en août et octobre. « C’est la première fois qu’une exposition de cette nature a lieu en France, indique le Bulletin des Travaux du Comice horticole à propos de l’exposition de roses. Aucune ville, aucune société n’avait osé se restreindre dans une telle spécialité, et certes pour y réussir il ne fallait rien moins que les richesses de nos jardins, le zèle et l’habileté de nos horticulteurs : mais l’aspect d’Angers a bien changé depuis soixante ans ; ce n’est plus cet extérieur sombre et sévère qui lui avait mérité le nom de Ville noire : pour l’étranger, Angers est maintenant la « Ville des fleurs » et sans doute que les belles variétés de roses que nos amateurs ont gagnées et répandues au loin ne sont pas sans influence sur ce changement d’épithète. » Naissance d’une réputation !