Gaston Allard, botaniste angevin

Chronique historique

par Sylvain Bertoldi, conservateur en chef des Archives d'Angers

Vivre à Angers n° 239, octobre 2000

D’abord spécialiste des lépidoptères, mais aussi passionné de botanique, Gaston Allard (1838-1918) crée dans sa propriété de La Maulévrie un remarquable arboretum et devient peu à peu « l’expert en plantations » de la ville d’Angers.

La Maulévrie, vue vers les bâtiments de l'ancienne ferme. A gauche, devant la façade de la maison, le buste de Gaston Allard. Arch. mun. Angers, photothèque, cliché François Lemoulant.

Son père était chef d’escadron d’état-major, mais déjà membre actif du Comice horticole, au sein de la Société d’agriculture, sciences et arts d’Angers. Sa mère, Zoé Gontard de Launay, apportait en dot la Maulévrie, domaine rural à mettre en valeur. Dès sa jeunesse, Gaston Allard suit les cours de botanique d’Alexandre Boreau, directeur du jardin des Plantes, alors uniquement jardin botanique. En 1863, il devient membre de la Société entomologique de France et se lance dans de grands voyages à la chasse aux lépidoptères – mais sans perdre de vue la botanique - principalement en Algérie, en Espagne, au Portugal et à Madère.

Le jardin d'essai de l'Arboretum. A l'arrière-plan, les bâtiments de la Maulévrie. Arch. mun. Angers, photothèque, cliché François Lemoulant.

Devenu propriétaire de la Maulévrie à la mort de son père, il poursuit les travaux d’amélioration du sol, assez marécageux à l’époque, et commence ses plantations en 1863, le long de l’avenue d’accès à la propriété : grande allée de marronniers et de platanes depuis l’entrée, alors située au 114, route des Ponts-de-Cé. Petit à petit, un arboretum se dessine. Gaston Allard débute une collection de chênes et de conifères en 1875, plante en 1878 l’allée des chênes vers le 7 rue du Château-d’Orgemont. Il est aidé par tout un réseau de contacts avec pépiniéristes et botanistes, favorisés par sa participation active au Comice horticole, transformé en 1864 en Société d’horticulture de l’Anjou. C’est ainsi qu’il reçoit graines et plants du monde entier, de l’Autriche à l’Amérique du nord.

Deux préoccupations l’animent : économique et pédagogique. La création de l’arboretum de la Maulévrie doit permettre la naturalisation de nouvelles espèces de végétaux, capables de résister au climat de l’Ouest de la France, et fournir un terrain d’étude pour les cours d’arboriculture forestière de la Société d’horticulture. D’année en année, l’arboretum s’agrandit. En 1907, il comptait 2 000 espèces, dont 250 conifères, 125 chênes, 1 500 arbustes et arbrisseaux. Un album de photographies prises en 1913 fournit de précieux renseignements sur son état.

La collection d'hortensias. Arch. mun. Angers, photothèque, cliché Thierry Bonnet.

Dès 1890, Gaston Allard est un expert consulté par la mairie pour les plantations de la ville (avenue Jeanne-d’Arc, par exemple). Il l’est plus encore à partir de son élection au conseil municipal (1892-1918). Le réaménagement du jardin des Plantes sur les plans du grand paysagiste Édouard André, un nouveau programme de plantations d’arbres d’alignement, l’amélioration du jardin du Mail… sont à mettre à son actif. Il décède en 1918, deux ans après avoir fait don de son arboretum à l’Institut Pasteur, faute d’avoir pu le léguer à sa ville natale. C’est seulement en 1960 que la municipalité en devient propriétaire, par achat à l’Institut Pasteur.